Le baril de Brent s’échangeait à 85,95 dollars vendredi matin, en progression de 0,63 %, tandis que le brut américain WTI atteignait 81,46 dollars, en hausse de 0,56 %. Une sixième séance consécutive dans le vert, qui prolonge la plus violente remontée des cours depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Une semaine de rupture
En cinq séances, le Brent a gagné 16,4 % et le WTI 19,2 %. Ce bond, le plus important enregistré depuis février 2022, n’est pas le produit d’une spéculation débridée. En effet, depuis le 28 février, date à laquelle les États-Unis et Israël ont engagé des frappes contre l’Iran, le détroit d’Ormuz est de facto fermé à la navigation commerciale.
Or ce passage, large de 33 kilomètres entre les côtes iraniennes et omanaises, achemine en temps ordinaire près d’un cinquième de la production mondiale de brut. Sa fermeture n’est pas un risque théorique inscrit dans les rapports de l’Agence internationale de l’énergie. C’est désormais un fait accompli, avec des conséquences immédiates sur l’approvisionnement des raffineries asiatiques, qui ont déjà réduit leur activité.
Washington débride le pétrole russe
La réponse américaine à la crise qu’elle a en partie provoquée était loin d’être prévisible. Le département du Trésor a accordé jeudi des dérogations aux sanctions, autorisant des entreprises à acheter du pétrole russe immobilisé sur des tankers, afin de compenser le déficit d’approvisionnement causé par la fermeture du Golfe.
La manœuvre est politiquement délicate. Elle revient à desserrer, pour raisons économiques, le dispositif de pression que Washington maintient contre Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine. Les alliés européens observeront la chose avec attention. Les marchés, eux, l’ont accueillie comme un signal de modération : sans ces annonces, la progression des cours aurait sans doute été plus marquée encore.
Un choc qui dépasse le seul prix du baril
Le conflit n’épargne pas les infrastructures. Des sites de production ont été perturbés, des raffineries contraintes à l’arrêt, des terminaux de gaz naturel liquéfié mis hors service dans plusieurs pays du Golfe. C’est l’ensemble de la chaîne énergétique régionale qui est affectée, à un moment où les marchés mondiaux disposaient de peu de marges de manœuvre.
La question qui s’impose désormais est celle de la durée. Un conflit court, suivi d’une désescalade rapide, permettrait aux cours de refluer. Une guerre longue, en revanche, installerait durablement le pétrole au-dessus des seuils auxquels les économies importatrices ont appris à fonctionner.
















