Les menaces commerciales de Donald Trump contre l’Espagne mettent en évidence une Europe contrainte juridiquement à un soutien formel mais qui reste politiquement timorée. Paris soutient Madrid, Berlin temporise et fait jaser à Madrid. Plusieurs capitales restent silencieuses, révélant le manque de solidarité immédiate face à la pression américaine.
Face aux menaces de Donald Trump, l’Union européenne affiche une solidarité institutionnelle claire, mais le soutien politique des capitales varie fortement. Certains gouvernements font preuve de prudence, d’autres restent silencieux.
À Bruxelles, la Commission européenne a rappelé que la politique commerciale relève de la compétence exclusive de l’Union européenne. Le porte-parole du Commerce, Olof Gill, a déclaré que « la politique commerciale est une compétence exclusive de l’Union européenne. Les relations commerciales avec les États-Unis sont gérées au niveau européen, pas bilatéralement par les États membres ». Le vice-président exécutif de la Commission, Stéphane Séjourné, a ajouté que « toute menace contre un État membre est par définition une menace contre l’Union européenne » et que « la Commission défendra les intérêts européens si nécessaire ».
Ambiguïté allemande,solidarité française
Sur le plan institutionnel, le message est donc clair : Madrid n’est pas seule. Au plan politique, les choses sont moins évidentes. Ainsi l’ambiguïté allemande a été particulièrement remarquée. Le chancelier allemand Friedrich Merz, présent aux côtés de Donald Trump lors des menaces, s’est limité à rappeler qu’il travaillait à convaincre l’Espagne d’atteindre 5 % du PIB en dépenses militaires au sein de l’OTAN, ajoutant que « tous les alliés doivent respecter pleinement leurs engagements ».
« L’Espagne est la seule à ne pas vouloir accepter [l’objectif de 5 % du PIB]. Nous essayons de les convaincre que cela fait partie de notre engagement commun à laquelle nous devons tous nous conformer. ». Cette déclaration, faite dans le même contexte que les menaces américaines, a été interprétée à Madrid comme un alignement implicite sur les critiques adressées à l’Espagne. Dans un second temps, Friedrich Merz a nuancé ses propos, affirmant que « l’unité européenne et le dialogue transatlantique restent essentiels », mais l’absence de réaction immédiate a été largement relevée par la presse et la classe politique espagnole.
À Paris, le président Emmanuel Macron a pris une position plus explicite, déclarant que « la réponse européenne doit être unie face aux pressions extérieures ». « Le président vient d’échanger avec le président Sánchez pour lui dire la solidarité européenne de la France en réponse aux récentes menaces de coercition économique dont l’Espagne a été la cible hier », a fait savoir l’Élysée. Ce soutien politique franc contraste avec l’ambiguïté allemande et le silence de certaines capitales, accentuant le sentiment d’isolement perçu à Madrid.
Clivages espagnols
La crise a également rencontré les clivages politiques en Espagne. La droite critique la stratégie du gouvernement, tandis que la gauche défend la souveraineté nationale. Alberto Núñez Feijóo, président du Partido Popular (PP, droite), a affirmé que l’Espagne devait agir « en coordination étroite avec ses alliés européens et atlantiques » pour éviter l’isolement diplomatique. Plusieurs responsables du PP ont ajouté : « La solidarité européenne ne peut pas être uniquement déclarative », voyant dans l’attitude de Merz la preuve d’un échec de Pedro Sánchez.
Santiago Abascal, dirigeant de Vox (extrême droite), a accusé le gouvernement “d’affaiblir l’axe atlantique” et de “mettre en danger les intérêts économiques des Espagnols”.
À gauche, José Manuel Albares, ministre des Affaires étrangères, a précisé que « les bases situées sur le territoire espagnol relèvent de la souveraineté nationale, et toute décision doit respecter le cadre juridique international ».
Les alliés de la coalition, Sumar, ont dénoncé des « pressions inacceptables » et exprimé un soutien total à la ligne de fermeté du gouvernement.
Yolanda Díaz (Sumar) et vice-présidente du gouvernement a dénoncé un chantage inacceptable. « L’Espagne est un pays souverain et de paix. Nous n’acceptons ni chantage ni leçons de personne.
Nous ne sommes les vassaux de personne. ». Ione Belarra (Podemos) , plus radicale, a appelé à une rupture nette avec Washington. « Il faut fermer les bases de Rota et Morón, sortir de l’OTAN et isoler internationalement Trump. On ne peut pas permettre que le sol espagnol serve à une guerre illégale. »
L’épisode montre que si l’Europe est juridiquement protégée par ses traités commerciaux, elle reste politiquement divisée par ses intérêts nationaux. L’Espagne se retrouve dans une position paradoxale : défendue par le droit européen, mais tancée par son partenaire allemand pour son refus de suivre l’escalade militaire et budgétaire prônée par Washington.















