La décision, prise après l’évaluation des offres des trois candidats encore en lice, met fin à une longue procédure de mise en concurrence. Selon des sources citées par Médias24, cette annulation n’est liée ni aux candidats ni à leurs offres, mais à de nouvelles orientations stratégiques arrêtées par le conseil d’administration de l’ANP.
Lancée initialement pour une durée de trente ans, la concession devait couvrir l’aménagement, l’équipement, le financement, l’exploitation et l’entretien du chantier naval. Le projet représente un investissement public global avoisinant 2,6 milliards de dirhams (environ 260 millions de dollars), avec notamment une grande forme de radoub, une plateforme élévatrice, une darse de levage et plusieurs centaines de mètres linéaires de quais.
À l’encontre d’une politique d’ouverture aux capitaux étrangers et aux grands partenariats internationaux — à l’image du modèle de gestion externalisée du complexe portuaire de Tanger Med —, le conseil d’administration de l’ANP opère ici un changement de cap pour une infrastructure financée sur fonds publics.
Cette décision intervient également dans un contexte où le Maroc cherche à renforcer ses capacités nationales dans le transport maritime et l’industrie navale. En novembre 2023, le roi Mohammed VI avait appelé à doter le pays d’une « flotte nationale de marine marchande, forte et compétitive ».
Cet objectif fournit un élément de contexte à l’annulation de la concession et à la nécessité de revoir le mode d’exploitation du chantier naval, avec l’ambition de mieux maîtriser les leviers du transport maritime et de l’industrie navale.
Trois acteurs en lice
L’annulation intervient après l’évaluation des offres formulées par trois groupements d’envergure internationale. Le consortium mené par Radi Holding, associé à Marina Meridional et au groupe chinois Ningbo Xinle Shipbuilding, avait proposé l’offre financière la plus élevée, avec une redevance fixée à 4 % du chiffre d’affaires.
Le deuxième groupement associait Somagec, Hyundai et le turc Kuzey Star. Cet attelage combinait des compétences de construction marocaines et des références internationales, avec une proposition de redevance comprise entre 2 % et 2,5 % du chiffre d’affaires.
Enfin, l’opérateur italien San Giorgio del Porto, spécialiste de la réparation navale en Méditerranée, avait formulé une proposition correspondant à une redevance de 1 % du chiffre d’affaires.
À la suite de la notification formelle de l’annulation de l’appel d’offres, les entreprises en lice ont adopté une posture de réserve et d’attente. Les industriels, notamment les partenaires internationaux engagés dans les différents groupements, indiquent conditionner toute implication future à la redéfinition du schéma directeur que l’État marocain choisira de mettre en œuvre.
Après l’abandon de la procédure de concession, l’enjeu est désormais de définir le modèle qui permettra au chantier naval de Casablanca d’entrer en exploitation tout en répondant aux objectifs du Maroc en matière de transport maritime, de réparation navale et de développement des capacités industrielles nationales.

