Alors que le textile revient officiellement au cœur du discours économique, entre conventions, salons et déclarations ministérielles, le terrain raconte une tout autre histoire. Entre annonces optimistes et présence marginale des industriels algériens, le secteur reste prisonnier d’une contradiction structurelle qui freine toute relance réelle.
À Oran, Rezgui promet un textile 100 % algérien
Depuis Oran, lors du Salon des produits exportés, le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a appelé à une meilleure connexion entre les acteurs du textile en Algérie. L’objectif affiché est ambitieux : « produire un textile 100 % algérien, capable de répondre au marché local et de viser l’export ».
Le ministre a avancé un chiffre clé : « 90 % des fils utilisés sur le marché national sont produits localement ». Un indicateur présenté comme la preuve que les bases industrielles existent déjà et que la relance du secteur passe désormais par l’intégration, la transformation et la mise en réseau des opérateurs.
Sur le papier, le raisonnement tient. L’Algérie dispose de capacités en filature, de ressources humaines qualifiées et d’un marché intérieur important. Mais entre la filature et le produit fini, la chaîne reste fragmentée, désorganisée et exposée à une concurrence étrangère massive.
À Bouira, une convention pour relancer les compétences
C’est dans ce contexte que s’inscrit la convention signée à Aïn Bessam (Bouira) entre des entreprises nationales du textile et du cuir et le Centre d’excellence pour la formation et le développement des compétences. La cérémonie, présidée par la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Nassima Arhabe, vise à redonner un souffle à un secteur longtemps marginalisé.
Cinq filiales du groupe public GITEX, dont l’Algérienne des textiles et plusieurs entreprises du cuir, ont signé des accords de partenariat avec le centre. L’objectif est clair : former une main-d’œuvre qualifiée, adaptée aux besoins réels des entreprises, et reconnecter la formation professionnelle au tissu économique.
Ce centre, ouvert fin 2025 sur instruction du président de la République, se veut un maillon stratégique entre formation et industrie. Des cycles de trois mois sont déjà en cours, notamment pour les travailleurs de l’entreprise Leather Industry. Sur le plan structurel, l’initiative va dans le bon sens. Mais elle pose une question centrale : former pour quel marché, et pour quelles entreprises, si l’industrie locale reste écrasée par les importations ?
À Alger, le salon du textile révèle une réalité brutale
La réponse se trouve en partie à la SAFEX d’Alger, lors du Salon international du textile, du tissu et de l’habillement, tenu en octobre dernier. L’édition 2025 a mis en lumière une réalité difficile à ignorer : sur une vingtaine d’exposants, seules trois entreprises étaient algériennes.
Les stands étaient majoritairement occupés par des entreprises turques et chinoises, venues vendre machines, tissus et produits finis. Pour les industriels locaux, le constat est amer. Mustapha Bennabi, porte-parole d’Ellipsis, leader national du tissage industriel avec plus de 40 % de la production locale, parle d’un secteur abandonné : absence de foncier industriel, accès difficile aux intrants et concurrence étrangère jugée déloyale.
Le paradoxe est là : l’Algérie produit ses fils, forme ses jeunes, multiplie les discours, mais laisse son marché envahi par des produits étrangers. Sans politique industrielle cohérente — protection intelligente, obligation d’implantation locale, accès au foncier et aux matières premières — la relance du textile restera un slogan.
















