L’agence britannique, qui cite des sources proches du dossier, indique que l’accord prévoit la création d’un fonds d’investissement massif sous la dénomination de « Fonds pour la reconstruction et le développement ». Ce mécanisme est conçu pour servir de levier économique et de principal catalyseur afin d’inciter les belligérants à conclure un accord définitif mettant un terme à la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février dernier. Selon la même source, plus de la moitié du montant ciblé (soit environ 150 milliards de dollars) a déjà fait l’objet d’engagements fermes.
La surprise majeure dans l’architecture de ce fonds réside dans son financement. Celui-ci reposera exclusivement sur des capitaux privés et des investissements directs étrangers (IDE), sans aucune contribution budgétaire ni subvention publique du gouvernement américain.
Une issue diplomatique au blocage des « réparations »
Téhéran exigeait initialement 400 milliards de dollars de réparations directes pour compenser les dommages de guerre et les effets d’un blocus rigoureux qui a paralysé son économie et entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz. Face au refus catégorique de Washington d’octroyer des fonds publics, l’idée de ce fonds d’investissement a émergé comme un compromis stratégique. Elle garantit l’afflux de capitaux nécessaires à la reconstruction via des canaux commerciaux, sous une transition internationale et régionale facilitée par une médiation active du Pakistan.
Le mécanisme prévoit des contributions de grandes entreprises et d’États de la région à travers des lignes de crédit et des prêts d’investissement. Ces fonds seront prioritairement orientés vers la réhabilitation des infrastructures et des aéroports endommagés, ainsi que des grands complexes industriels du pays, à l’instar du complexe sidérurgique de Mobarakeh et des raffineries de pétrole iraniennes.
Le réalisme des Gardiens face à une population épuisée
Sur le front intérieur iranien, l’acceptation de ce compromis historique par les cercles dirigeants repose sur un paradoxe apparent. Si les courants doctrinaires de la sphère civile s’accrochent au purisme idéologique, ils se heurtent au pragmatisme et au réalisme des Gardiens de la révolution (Pasdaran).
En tant que premier conglomérat économique du pays et gestionnaires directs des infrastructures clés, les Pasdaran mesurent pleinement l’état d’épuisement d’une population de 92 millions d’habitants qui aspire profondément à une issue et au retour à une vie normale. Pour l’appareil sécuritaire, la survie du régime et la relance économique priment désormais sur le dogme, transformant le sacrifice du programme nucléaire en une concession tactique acceptable.
Cependant, l’activation de ces investissements reste strictement conditionnée par Washington au respect rigoureux des exigences américaines sur le programme nucléaire iranien, incluant le démantèlement des stocks d’uranium enrichi et l’acceptation d’un régime d’inspection international strict.
Le fonds ne sera effectif qu’après la signature de l’accord final. Le protocole d’accord qui doit être signé ce vendredi accordera un délai de 60 jours aux gestionnaires du fonds et aux investisseurs (multinationales américaines, pays du Golfe, géants asiatiques) pour collaborer avec la partie iranienne afin de planifier et de calibrer les projets.
L’ombre du sabotage israélien face au bloc Washington-Golfe
Si les marchés mondiaux manifestent un net soulagement face à la perspective d’une réouverture sécurisée du détroit d’Ormuz, l’issue des 60 prochains jours reste hautement incertaine. Le processus devra faire face à un obstacle géopolitique majeur : la vive opposition d’Israël, qui perçoit ce plan comme un renforcement à long terme de son « ennemi » régional.
Tel-Aviv, appuyé par ses puissants relais de soutien aux États-Unis, devrait œuvrer activement à faire dérailler l’accord, notamment en accentuant la pression sur le Congrès américain pour bloquer la participation du secteur privé ou en exploitant la moindre faille lors de la phase des inspections nucléaires.
Néanmoins, face à ces tentatives de sabotage, le processus dispose d’un bouclier inédit : l’alignement stratégique entre l’administration Trump et les monarchies du Golfe. Cet axe Washington-Golfe, soutenu par la finance internationale et guidé par la nécessité impérative de stabiliser les marchés énergétiques mondiaux, s’oppose frontalement à la logique de guerre sans fin d’Israël. Le bras de fer entre la Realpolitik économique de ce bloc et le lobbying sécuritaire pro-israélien ne fait que commencer.


