Un rapport judiciaire français relance les polémiques sur les circonstances de la mort des 7 moines de Tibhirine

Un rapport judiciaire français relance les polémiques sur les circonstances de la mort des 7 moines de Tibhirine
Le monastère de Tibhirine, où vivaient les sept moines assassinés en 1996 (photo publiée sur : http://www.jevisitelalgerie.com).

Alger s’était opposé au rapatriement en France des prélèvements sur les crânes des sept religieux, morts assassinés en 1996 et dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Ce rapatriement a finalement pu être effectué en 2016, ce qui a permis de procéder à cette expertise.

 

  

Un rapport remis à la justice française « sème fortement le doute » sur la thèse officielle algérienne à propos de la mort, en 1996, des sept moines de Tibhirine, a déclaré jeudi l’avocat de leurs familles, confirmant une information de France Inter.

L’examen de prélèvements sur les crânes des sept religieux a notamment permis d’établir que ces têtes avaient probablement été inhumées une première fois et déterrées pour être placées là où elles ont été retrouvées le 30 mai 1996 près de Médéa, à une centaine de kilomètres au sud-ouest d’Alger, a expliqué à Reuters Me Patrick Baudouin, président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Le rapport confirme également plusieurs conclusions d’une précédente expertise conduite sur place en 2014 et dont les résultats ont été communiqués en 2015 à la justice française.

Alger s’était cependant opposé au rapatriement en France des prélèvements. Ce rapatriement a finalement pu être effectué en 2016, ce qui a permis cette nouvelle expertise.

Selon celle-ci, la mort des moines serait bien antérieure à la revendication de leur assassinat le 21 mai 1996 par le Groupe armé islamique (GIA) et les moines, dont le corps n’a pas été retrouvé, semblent bien avoir été décapités après leur décès.

« L’hypothèse du décès survenu entre le 25 et le 27 avril reste plausible », précise ainsi ce document de 185 pages.

Autrement dit, ils auraient été tués un mois après leur enlèvement en pleine guerre civile algérienne par des hommes armés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, dans leur monastère Notre-Dame de l’Atlas de Tibéhirine proche de Médéa.

Cet enlèvement ne sera revendiqué qu’un mois plus tard par le GIA dans un premier communiqué. La thèse d’Alger est qu’ils ont été enlevés et décapités par des islamistes du GIA.

Selon Me Patrick Baudouin, les huit experts auteurs du rapport font état de « lésions d’égorgement » sur deux crânes.

Les incisions constatées sur les autres crânes laissent aussi penser à un « mécanisme d’égorgement », sans toutefois permettre de conclure aussi clairement, précise l’avocat.

 

Opacité et dissimulation

 

Les têtes des sept moines ne portent pas d’impacts de balles, « ce qui fragilise grandement une des thèses qui avait été soutenue, d’une bavure de l’armée algérienne avec des tirs émanant d’hélicoptères », ajoute Me Baudouin.

Là encore, en l’absence des corps, il est difficile de tirer des conclusions définitives. Mais pour l’avocat, cette expertise apporte néanmoins aux deux juges français chargés de l’affaire « des éléments intéressants et concordants avec un certain nombre d’autres données du dossier ».

« On peut en déduire que la thèse officielle des autorités algériennes est quand même compromise et que ce rapport sème fortement le doute sur cette version », ajoute-t-il. Le rapport « rejoint toute une série d’interrogations précédentes. »

Me Baudouin rappelle notamment que lors de l’annonce de la mort des moines, en 1996, les autorités algériennes avaient dissimulé le fait que seules les têtes avaient été retrouvées.

Les analyses génétiques des prélèvements ont d’ailleurs confirmé que les têtes retrouvées près de Médéa étaient bien celles des sept moines, bien que six d’entre elles aient été interverties lors de leur inhumation définitive en Algérie.

 

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