Été d’enfer 2021 : pourquoi l’Algérie veut éviter son retour

Été d’enfer 2021 : pourquoi l’Algérie veut éviter son retour

L’été 2021 restera à jamais gravé dans la mémoire collective algérienne comme une saison cauchemardesque, marquée par une vague d’incendies d’une ampleur sans précédent, particulièrement en Kabylie. Cette tragédie a coûté la vie à des dizaines de personnes, parmi lesquelles de nombreux soldats et civils pris au piège des flammes, tandis que des milliers d’hectares de forêts, de broussailles et de terres agricoles partaient en fumée.

Au cours de ces semaines dramatiques, plus de 89 000 hectares de forêts, ainsi que plusieurs zones de buissons et d’arbres fruitiers, ont été ravagés, laissant derrière eux un paysage dévasté et des communautés meurtries. Selon les chiffres officiels de la Direction générale de la Protection civile, la Kabylie, et en particulier les wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa, a payé un lourd tribut : 43 398 hectares ont brûlé dans la première, et 13 174 hectares dans la seconde. D’autres régions, comme Constantine, Guelma, El Tarf et Annaba, ont également été sévèrement touchées, avec des superficies détruites allant de 5 000 à près de 10 000 hectares chacune.

Face à une telle catastrophe, la réaction fut immédiate, mais parfois dépassée par l’ampleur du sinistre. Malgré la mobilisation des forces de l’ordre, de la Protection civile et de l’armée, la sécheresse, les vents violents et la multiplicité des départs de feu ont favorisé la propagation rapide des flammes, provoquant un choc profond dans tout le pays.

Bilan 2025 : un état des lieux rassurant

Quatre ans après cet été de flammes, l’heure est au bilan. En 2025, la situation semble mieux maîtrisée grâce à une organisation renforcée et des moyens plus performants.

Ce samedi, la Protection civile a annoncé avoir totalement maîtrisé dix incendies de forêts et de broussailles touchant huit wilayas, dont Boumerdès, Mila, Sétif, Chlef, Batna, Bouira, Tizi Ouzou et Béjaïa.

Cette stabilisation est le fruit d’une mobilisation sans précédent : plus de 19 000 agents engagés pour la campagne estivale, appuyés par 704 camions anti-incendie, 505 unités opérationnelles, 3 770 centres de surveillance, 65 centres mobiles d’intervention rapide et six colonnes mobiles spécialisées. S’y ajoutent 150 spécialistes du Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux (GRIMP), ainsi que des moyens aériens performants — avions bombardiers d’eau AT-802 et hélicoptères.

À Tizi Ouzou, par exemple, dix camions-citernes et trois avions bombardiers d’eau ont été déployés pour circonscrire les flammes, avec le soutien actif de la population locale.

Au total, 47 incendies ont été maîtrisés dans 14 wilayas, dont 18 foyers à Tizi Ouzou et 13 à Béjaïa. Jijel, Skikda, Batna, Alger, Bordj Bou Arréridj et Souk Ahras ont également signalé plusieurs feux désormais sous contrôle.

Ces chiffres, publiés par la Protection civile, témoignent d’une nette amélioration dans la lutte contre les feux de forêts, même si le risque reste élevé durant les mois chauds.

Les mesures renforcées des autorités

Face au drame de 2021, les autorités algériennes ont adopté un plan national de prévention et de lutte contre les incendies, axé sur :

  • Prévention précoce : depuis 2024, la campagne nationale démarre dès le 1er mai.
  • Travaux DFCI : création de pistes carrossables, tranchées pare-feu, points d’eau stratégiques et éclaircissement des massifs forestiers.
  • Sensibilisation massive : campagnes dans les écoles, villages et lieux publics, pour réduire les départs de feu d’origine humaine.
  • Surveillance renforcée : tours de guet, drones, cartographie des zones à risque pour une intervention rapide.

Règlementation et sanctions

La réglementation interdit toute carbonisation et l’allumage de feux hors foyers à partir du 1er mai. Le débroussaillage est obligatoire le long des axes stratégiques, et les sanctions judiciaires ont été durcies pour dissuader les contrevenants.

Des comités villageois et associations bénévoles complètent le dispositif, assurant prévention et signalement rapide des départs de feu. Des programmes de formation sont aussi proposés à toutes les catégories de population.

Un succès relatif, mais vigilance obligatoire

Les opérations de 2025 montrent une meilleure organisation et une efficacité accrue. La diminution notable des grands foyers maîtrisés rapidement laisse espérer un recul durable des incendies destructeurs.

Cependant, la sécheresse accrue, les pics de chaleur et les négligences humaines exigent une vigilance constante. La coopération entre citoyens, autorités, forces armées et services spécialisés doit rester au cœur de la stratégie nationale.

L’été 2021 a laissé une cicatrice profonde dans le cœur de l’Algérie : un rappel de la fragilité écologique et des défis liés à la gestion des catastrophes naturelles. En quatre ans, l’État a bâti un dispositif plus solide, mais le risque ne disparaîtra que si la vigilance collective devient la règle d’or.

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