À la rencontre d’affaires algéro-allemande organisée lundi 21 septembre à Alger par la Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie (AHK Algérie), Boukhalfa Yaïci, directeur général du Green Energy Cluster Algeria (GECA), a présenté un bilan chiffré des appels d’offres solaires de Sonelgaz, qui totalisent 3 200 mégawatts-crête (MWc) selon le cluster, en détaillant le coût d’une centrale et la part de cette dépense réglée en monnaie étrangère.
La rencontre ouvrait un voyage d’affaires pour des entreprises allemandes en Algérie et en Tunisie, organisé du 21 au 25 septembre dans le cadre de l’initiative allemande d’exportation dans le secteur de l’énergie. Les travaux portaient sur l’hydrogène vert, le stockage et le corridor SoutH2, ce projet de canalisation destiné à acheminer de l’hydrogène algérien vers l’Allemagne en traversant la Tunisie, l’Italie et l’Autriche. L’exposé du patron du GECA visait directement ce public, puisque sa dernière partie recensait les voies d’entrée sur le marché algérien ouvertes aux partenaires étrangers.
D’après les données présentées, les équipements représentent à peu près les trois quarts du coût d’une centrale photovoltaïque. Les panneaux, leurs structures de support et le système de collecte en représentent à eux seuls 74 %, loin devant l’électronique de puissance (9 %) et les câbles (4 %). La ventilation par monnaie de paiement fait apparaître 51 % de devises transférables, 10 % de devises non transférables et 39 % de dinars, soit un recours aux devises de 61 %, pour l’essentiel en dollars.
Répartition du coût total d’une centrale type
Source : GECA, septembre 2026. Calculs Maghreb Émergent pour la part en dinars.
Le tissu industriel local capte pourtant une partie du chantier. Les dépenses réglées en dinars se répartissent entre des équipements fabriqués sur place (44 %), le génie civil (38 %) et le montage (9 %). Les structures, les câbles, les services et les travaux de génie civil sont désormais assurés par des entreprises algériennes. Les panneaux, les onduleurs et les transformateurs haute tension continuent, eux, d’arriver de l’étranger, alors que Maghreb Émergent relevait en juillet la chute des importations.
Un cluster présent sur près de la moitié du programme
Le programme a été mené selon le modèle EPC (ingénierie, fourniture, construction), avec une exigence de contenu local d’au moins 35 %. L’appel d’offres national et international n° 01/CEEG/2023 portait à lui seul sur 2 000 MWc, répartis en quinze centrales, attribuées en quinze lots, avec raccordement au réseau de transport inclus. Selon le GECA, le financement local atteint environ 1,89 milliard de dollars pour 1 920 MWc, ce qui correspond à un coût d’investissement moyen de 0,984 million de dollars par MWc avancé par le cluster, pour un coût actualisé moyen de l’électricité de 5 cents par kilowattheure.
Les membres du cluster occupent une place importante dans ces chantiers. Ses quatre entreprises EPC ont réalisé 1 490 MWc, soit environ la moitié du programme, son bureau d’ingénierie est intervenu sur un gigawatt et dix de ses adhérents fournissent câbles, structures et équipements électriques.
Boukhalfa Yaïci a replacé ces chiffres dans l’équation énergétique du pays, où 99 % de l’électricité provient du gaz naturel, la demande intérieure progresse d’environ 5 % par an et les exportations d’hydrocarbures assurent près de 90 % des recettes. Il présente la transition vers les renouvelables comme une affaire de souveraineté énergétique plutôt que de préférence environnementale, chaque mégawattheure solaire libérant autant de gaz pour l’exportation ou l’industrie, un gain que Maghreb Émergent chiffrait en avril à 8 milliards de m³ par an au maximum.
La contribution déterminée au niveau national déposée par Alger le 24 juin auprès de l’ONU prévoit 15 000 MW de capacités renouvelables d’ici 2035, avec une baisse des émissions de 14 % grâce à l’effort national, portée à 31 % sous réserve d’un appui international estimé à quelque 24 milliards de dollars.
Les portes d’entrée proposées aux investisseurs étrangers
La conclusion du GECA est que le gisement de valeur réside dans la fabrication d’équipements, l’électronique de puissance en priorité et « possiblement » les panneaux, l’ingénierie électromécanique étant déjà largement internalisée. Le cluster ne ferme pas pour autant la porte aux fournisseurs. Un fabricant de modules ou d’onduleurs peut s’associer à un assembleur local, ses produits entrant alors dans le calcul du contenu local s’ils sont assemblés ou intégrés en Algérie.
Une coentreprise avec un EPC algérien permet de soumissionner aux appels d’offres tout en satisfaisant d’emblée au seuil de 35 %. Les investisseurs industriels et les institutions de financement du développement sont invités à développer directement des capacités de fabrication de composants photovoltaïques.
À l’appui de ces options, le directeur général du GECA a cité les incitations prévues par la loi n° 22-18 relative à l’investissement, ainsi que le guichet unique de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), la possibilité d’une détention étrangère à 100 % dans les projets d’énergies renouvelables et le régime sectoriel dont bénéficie la filière. Le cluster propose, de son côté, d’identifier des partenaires locaux pour les entreprises intéressées. L’exposé a été suivi d’une table ronde et de rendez-vous B2B entre entreprises des deux pays, le voyage d’affaires se poursuivant jusqu’au 25 septembre entre Alger et la Tunisie.


