L’ouverture du débat général de la 81e Assemblée générale des Nations unies, mardi 22 septembre 2026 à New York, a consacré l’intelligence artificielle comme l’un des grands sujets de l’année, aux côtés des guerres en cours et du changement climatique.
Trois interventions ont particulièrement marqué la séance : celle du secrétaire général sortant António Guterres, celle du président américain Donald Trump, et celle du président français Emmanuel Macron.
Guterres : un ultime avertissement
C’est le chef de l’ONU qui a ouvert le bal des discours consacrés à l’IA. Pour sa dernière intervention avant la fin de son mandat, Guterres a choisi des mots forts pour alerter sur les dérives possibles de la technologie, en particulier les systèmes d’armes autonomes. Il a plaidé pour que les décisions de vie ou de mort ne soient jamais laissées aux machines , affirmant que “les robots tueurs ne doivent pas avoir leur place dans notre avenir”.
Ce n’est pas un thème nouveau pour lui : il avait déjà évoqué l’IA lors de son tout premier discours devant l’Assemblée générale, il y a dix ans. Cette fois, il a appelé à la mise en place de garde-fous supplémentaires et à une supervision indépendante, inscrite dans un cadre multilatéral de gestion des risques — un appel renforcé depuis le premier Dialogue mondial de l’ONU sur la gouvernance de l’IA, organisé en juillet 2026. Les délégués lui ont réservé une ovation debout à l’issue de son intervention.
Trump : défense de la « Super Intelligence » et rejet de toute régulation mondiale
À l’opposé, Donald Trump a défendu sans détour le développement libre de l’IA. Il a annoncé que les documents officiels américains allaient abandonner le terme « intelligence artificielle » au profit de « super intelligence », jugeant cette expression plus juste et plus vendeuse. Il s’est fermement opposé à toute tentative de construire un cadre mondial de contrôle de la technologie, comparant les mises en garde des partisans de la sécurité de l’IA aux alertes sur le changement climatique, qu’il a tournées en dérision.
Le président américain a par ailleurs reconnu que chaque grande avancée technologique s’accompagne de défis, sans pour autant infléchir sa position de refus de toute gouvernance internationale contraignante. Ce discours confirme la ligne déjà affichée par Washington, qui, avec la Chine, ne soutient pas l’initiative portée par une vingtaine de pays, majoritairement européens, en faveur de mesures de sécurité contraignantes pour l’IA avancée.
Macron : plaider pour une IA souveraine et partagée
Le président français, dans ce qui était sa dernière intervention à ce poste devant l’Assemblée générale, a pris une position intermédiaire : ni rejet de la régulation, ni alignement sur les deux superpuissances de l’IA. Il a affirmé ne vouloir voir personne devenir le « vassal » de l’une des grandes puissances, visant implicitement les États-Unis et la Chine.
Sa proposition : mutualiser les capacités d’investissement européennes pour construire un modèle d’IA open source de pointe, partagé entre nations, afin d’éviter toute dépendance technologique. Ce plaidoyer s’inscrit dans la continuité de son engagement sur le sujet depuis le Sommet pour l’action sur l’IA qu’il avait coprésidé à Paris en février 2025.
Un thème qui structure la semaine onusienne
Ces trois discours illustrent une fracture nette. D’un côté, l’ONU et une majorité de pays européens réclament des garde-fous internationaux ; de l’autre, Washington refuse toute gouvernance globale ; entre les deux, Paris cherche une troisième voie fondée sur la souveraineté technologique partagée. Le Royaume-Uni, par la voix de son Premier ministre Andy Burnham, a annoncé vouloir profiter de sa présidence du G20 en 2027 pour porter un ensemble unique de normes mondiales sur l’IA, tout en scellant un partenariat de défense avec Washington sur la détection de cyberattaques visant les infrastructures critiques.
Le sujet ne s’arrête pas à la tribune : le Conseil de sécurité de l’ONU, présidé ce mois-ci par la France, devait se pencher dès le mercredi 23 septembre sur les moyens d’encadrer l’IA, en présence de figures du secteur privé — dont le patron d’OpenAI, Sam Altman, attendu à cette réunion. Signe que même certains géants américains de la technologie réclament désormais une coordination internationale sur la sécurité de l’IA, en décalage avec la position officielle de leur gouvernement.


