Gazoduc transsaharien : pourquoi des groupes russes pourraient y trouver leur compte

Alger affirme que les discussions avec les Russes sur le gazoduc transsaharien avancent, sans nommer d'entreprise. Pour Moscou, l'ouvrage pourrait offrir des commandes alors que l'Europe s'apprête à fermer son marché au gaz russe par gazoduc, et un accès durable à un corridor entre le Nigeria, le Niger et l'Algérie.

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Le gazoduc transsaharien doit acheminer 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian par an vers l'Algérie, puis vers l'Europe. Photo d'illustration.
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Le 27 octobre à Moscou, en marge du sommet du Forum des pays exportateurs de gaz, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a dit à son homologue russe Sergueï Lavrov avoir été chargé par le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, de transmettre aux Russes que les choses avançaient très bien et que le contrat serait conclu. Cependant, il n’a nommé aucune entreprise.

Ce contrat, s’il associe des groupes russes, ouvrirait d’abord un débouché industriel. Sur 4 128 kilomètres entre Warri, au Nigeria, et Hassi R’Mel, en Algérie, dont 841 au Niger, la fourniture de conduites, d’équipements et d’ingénierie représenterait des commandes importantes, estime l’analyste en stratégie internationale Karim Belgacem dans un entretien à AL24 News. Le contexte s’y prête, puisque l’Union européenne mettra fin aux importations de gaz russe par gazoduc sous contrats de long terme à compter du 30 septembre 2027 et au plus tard le 1er novembre 2027, et que le ministre russe de l’Énergie Sergueï Tsivilev disait à la mi-octobre les entreprises russes prêtes à mener en Afrique des explorations, de l’extraction et des livraisons de gaz.

Un tel chantier servirait aussi la relation entre Moscou et Alger. Les présidents Abdelmadjid Tebboune et Vladimir Poutine ont signé en juin 2023 une déclaration de partenariat stratégique approfondi, et Sonatrach coopère avec Gazpromdans l’exploration, notamment à Oum El Assel. Y associer des groupes russes donnerait un contenu économique supplémentaire à ce partenariat, selon Karim Belgacem.

Le tracé passe aussi par le Niger, avec lequel Moscou a engagé un dialogue institutionnel, Sergueï Tsivilev l’ayant cité parmi les pays avec lesquels de premières commissions intergouvernementales se sont tenues. L’intérêt de Gazprom pour le projet n’est d’ailleurs pas nouveau, un de ses vice-présidents, Alexandre Medvedev, le qualifiant dès 2010 de priorité stratégique. En participant au chantier, les industriels russes pourraient nouer des liens durables avec les acteurs du projet en Algérie et au Niger, ajoute l’analyste.

Un contrat sans partenaire nommé

Le gaz nigérian pourrait pourtant contribuer à diversifier les approvisionnements de l’Europe, remarque Karim Belgacem, alors que des entreprises russes tireraient des revenus de l’infrastructure qui l’achemine. La portée géopolitique de leur présence dépendra selon lui des clauses du contrat, car fournir des tubes, construire, financer ou participer à l’exploitation ne confèrent pas la même capacité d’influence.

Or aucune entreprise n’a été officiellement retenue, et le nom de TMK, fabricant russe de tubes en acier, est le seul évoqué comme partenaire possible, sans que la source de cette information soit identifiée. Le département d’État américain a désigné TMK le 23 février 2024, avec plusieurs de ses filiales dont l’usine de Volzhsky.

Le choix des fournisseurs pourrait se jouer vite, car le calendrier est engagé. L’Algérie a lancé son tronçon début juin, et le ministre d’État des Hydrocarbures Mohamed Arkab a évoqué le 12 octobre à Riyadh une première phase de 20 milliardsde mètres cubes par an, portée à 30 milliards ensuite. Le Nigeria juge le projet prioritaire, par la voix de son ministre du Gaz Ekperikpe Ekpo, depuis Moscou. Au Niger, Niamey a annoncé des relevés topographiques à partir d’octobre et un début de chantier au début de 2027.

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