Sonatrach a acheté à l’étranger près de sept fois plus de produits pétroliers en 2025 qu’en 2024. Son rapport annuel fait état de 1 404 000 tonnes importées, contre 209 000 tonnes un an plus tôt, soit 572 % de plus. Le gasoil en représente 1 078 000 tonnes, et les importations de MTBE, un additif pour l’essence, ont progressé de 42 %.
En 2024, le rapport annuel disait tout autre chose. Il y présentait « l’arrêt total des importations de carburants » comme un résultat atteint, appuyé sur des productions record de 10,8 millions de tonnes de gasoil et de 3,7 millions de tonnes d’essence. Les chiffres clés de l’exercice 2024 faisaient état de 209 000 tonnes importées, en hausse de 47 %, attribuées à des produits comme le BRI et le MTBE, sans qu’aucun achat de gasoil soit mentionné.
Des promesses d’arrêt qui se succèdent
La fin des importations a été annoncée à plusieurs reprises. En février 2019, le ministre de l’Énergie d’alors, Mustapha Guitouni, assurait que l’Algérie exporterait du carburant dès 2022, alors que le pays importait pour 2 milliards de dollars de carburant. En février 2023, Rachid Nadil, président de l’ARH, annonçait que 2023 serait l’année de l’arrêt total des importations de carburants, l’Algérie n’important plus alors que du diesel. Il conditionnait cette fin à la mise en service de nouvelles raffineries, qui devaient porter la production de carburants à plus de 10 millions de tonnes.
En juillet 2024, Slimane Slimani, vice-président de Sonatrach chargé du raffinage, affirmait de son côté à TSA qu’« aucune goutte de carburant n’a été importée depuis mars 2020 ». Ces deux déclarations ne concordent pas.
Une demande qui monte, des raffineries qui reculent
Sur le marché national, les ventes de produits raffinés ont atteint 16,6 millions de tonnes en 2025, en hausse de 3,6 %. Celles de gasoil sont passées de 11,0 à 11,5 millions de tonnes (+4,8 %) et celles d’essence de 3,5 à 3,72 millions de tonnes (+6,1 %), ces deux produits représentant 92 % du total. Les ventes de gasoil incluent les quantités importées, qui en pèsent environ 9 %.
Côté production, les raffineries ont reculé de 1 %, à 30,0 millions de tonnes, après une hausse de 4 % en 2024. La demande seule n’explique pas le saut des importations. En 2024, la consommation de gasoil avait progressé plus vite (+6,5 %) sans que le rapport mentionne le moindre achat de gasoil.
Aucune explication n’est donnée dans le rapport pour ce repli. Maghreb Émergent a avancé l’insuffisance des capacités de raffinage locales, une lecture que Sonatrach ne confirme pas.
Les capacités nouvelles ne sont pas encore là. La première pierre de la raffinerie de Hassi Messaoud, d’une capacité de 5 millions de tonnes par an, a été posée en février 2025, avec une première phase consacrée au mazout et un démarrage annoncé pour octobre 2027. Les investissements de développement dans le raffinage sont passés de 3 à 102 milliards de dinars entre 2024 et 2025. À Arzew, une unité confiée à Sinopec doit porter la production d’essence de 550 000 tonnes à 1,2 million de tonnes.
Une facture que le rapport ne chiffre pas
Dans ses comptes, Sonatrach range les importations de gasoil parmi les causes de la baisse de son résultat net, tombé de 812 à 603 milliards de dinars, en recul de 26 %. Elle cite « l’enregistrement des charges relatives à l’importation de gasoil pour le compte de l’État non subventionnée », sans donner de montant. La formule ne dit ni qui a décidé ces achats, ni qui en supporte le coût final.
À la pompe, le gasoil est vendu 31 dinars le litre, un prix administré. Le projet de loi de finances 2027 prévoit, dans son article 218, la possibilité d’une révision des prix des carburants, mais Mohamed Arkab, ministre des Hydrocarbures, a indiqué qu’aucune hausse n’était prévue.
Avec 1 404 000 tonnes, les achats de 2025 restent inférieurs aux quelque 3 millions de tonnes d’essence et de gasoil que l’Algérie importait chaque année en 2017, pour plus d’un milliard de dollars.



