Dans son rapport d’octobre sur le marché pétrolier, publié mercredi, l’AIE estime que l’offre de diesel restera contrainte jusqu’à la seconde moitié de 2027. La reconstitution des stocks perdus ne commencerait pas avant cette période, même si la production des raffineries reprenait. Les exportations mondiales de diesel ont reculé de 700 000 barils par jour sur un an en septembre, selon les données de l’agence. Elle table sur une baisse de 2,6 millions de barils par jour de la demande mondiale de pétrole en 2026, dont un quart tient au diesel, une demande peu sensible aux prix et qui reste soutenue.
L’agence juge ce redressement fragile. Faute de reprise des livraisons de produits du Moyen-Orient, de nouvelles réductions de consommation, aux coûts économiques importants, pourraient s’imposer, et les attaques répétées dans le Golfe menacent la remontée de l’offre. Les pays membres disposent encore d’environ 1,1 milliard de barils de stocks publics d’urgence, dont plus de 200 millions de barils de diesel, a rappelé le 8 octobre son directeur exécutif, Fatih Birol. Le G7 a convenu le 2 octobre de libérer 100 millions de barils de brut et de diesel, avec un effort concentré sur les vingt premiers jours. Le conseil des gouverneurs de l’AIE se réunit jeudi pour examiner de nouveaux déstockages.
Hassi Messaoud fin 2027, Skikda en janvier 2029
L’Algérie aborde cette crise dans une situation inverse de celle d’il y a dix ans. En 2014, le gasoil représentait 67 % de la consommation de carburants du pays et le solde cumulé des importations de gasoil entre 2012 et 2014 atteignait 5,7 milliards de dollars. Entre 2011 et 2017, Sonatrach a importé pour 16 milliards de dollars de gasoil et d’essence, dont 12,23 millions de tonnes de gasoil, selon son conseiller Ahmed Mazighi. Dans son bilan 2022, le groupe ne signalait plus aucune quantité de carburant importée, selon Radio Algérie.
La consommation a atteint 15 millions de tonnes de carburants en 2024, dont 11 millions de tonnes de gasoil, avec un gasoil vendu à 31 dinars le litre, soit environ 0,20 euro. Le diesel américain, lui, a dépassé 200 dollars le baril début septembre, selon le rapport de septembre de l’AIE. Par ailleurs, le surplus exporté par les raffineries algériennes en 2022 se composait de naphta, de fuel-oil et d’aromatiques, et non de gasoil. Le pays reste donc à l’écart de la prime que le marché accorde aujourd’hui au diesel.
Deux projets doivent modifier ce cadre. La nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud, d’une capacité de cinq millions de tonnes par an, doit entrer en service fin 2027, a indiqué le ministre Mohamed Arkab lors d’une séance de questions orales en juin 2025. L’unité de craquage du fuel de Skikda, attendue en janvier 2029, produira 1,75 million de tonnes de gasoil et 250 000 tonnes de bitume, a-t-il précisé. Le contrat signé avec Técnicas Reunidas et Samsung Engineering, d’environ 3,7 milliards de dollars, prévoit pour Hassi Messaoud 2,659 millions de tonnes de gasoil par an aux spécifications Euro V.
Additionnés, ces deux volumes approchent 4,4 millions de tonnes de gasoil par an, soit environ 40 % des 11 millions de tonnes consommées en 2024. Ils n’arriveront, au mieux, qu’à la fin de la période de tension que l’AIE situe jusqu’au second semestre 2027.



