Dans un paysage énergétique mondial secoué par la volatilité des marchés et le repli continu des cours du pétrole brut, le géant algérien des hydrocarbures, Sonatrach, enregistre un net ralentissement de ses performances financières au terme de l’exercice 2025.
Selon les données arrêtées dans son dernier rapport annuel et certifiées par ses commissaires aux comptes, la compagnie nationale a réalisé un chiffre d’affaires global de 5 748 milliards de dinars algériens (DA), en recul de 12 % par rapport aux 6 523 milliards de DA enregistrés en 2024. À l’échelle du Groupe, l’activité consolidée traduit le même essoufflement, avec un chiffre d’affaires de 7 382,6 milliards de DA, en repli de 15 % sur un an.
Cette détérioration de la ligne haute des comptes a directement affecté la rentabilité globale de l’entreprise. Le résultat net de la société mère s’établit à 603 milliards de DA (soit environ 5 milliards de dollars US), ce qui représente un repli sévère de 26 % par rapport aux 812 milliards de DA dégagés un an plus tôt.
Le résultat net consolidé du Groupe suit une trajectoire similaire, passant de 25 % à 729 milliards de DA (dont 715,6 milliards de DA au titre de la part du Groupe). Pour l’économie algérienne, dont le groupe national demeure le poumon financier et la principale source de devises, ce repli souligne la vulnérabilité de la rentabilité pétrolière face aux chocs conjoncturels extérieurs.
L’effet d’étau : Prix mondiaux en baisse et consommation nationale record
Pour expliquer cette contraction des revenus, la direction de Sonatrach pointe en premier lieu la détérioration de l’environnement macroéconomique mondial. Marqué par la décélération de l’activité économique mondiale et l’accroissement de l’offre internationale, le marché pétrolier a vu le prix moyen du baril de brut chuter de 15 %, passant de 81,97 dollars en 2024 à 69,37 dollars en 2025.
Cette baisse des cours a également touché les exportations gaziales, avec un prix moyen du gaz naturel vendu par canalisation en baisse de 8 % (à 9,54 dollars par MMBTU contre 10,36 dollars en 2024), seul le gaz naturel liquéfié (GNL) tirant son épingle du jeu avec une légère progression de 3 % à 10,82 dollars par MMBTU. En conséquence directe, le chiffre d’affaires à l’exportation s’est contracté de 11 % en dollars, passant de 45 à 40 milliards de dollars US (soit 5 230 milliards de DA contre 6 019 milliards de DA en 2024).
Sonatrach : évolution du chiffre d’affaires
À cette conjoncture externe défavorable s’est ajouté un effet de ciseau interne particulièrement exigeant. Alors que les volumes physiques d’exportation d’hydrocarbures ont fléchi de 3 % pour s’établir à 89,0 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP), les ventes sur le marché national ont bondi de 6 %, atteignant un record de 76,1 millions de TEP. Portée par la hausse de la demande électrique couverte par Sonelgaz, la consommation domestique de gaz naturel a progressé de 7,8 % pour atteindre 57,3 milliards de mètres cubes, ce qui a réduit d’autant la part des volumes exportables à forte valeur ajoutée.
De surcroît, la nécessité d’approvisionner le marché intérieur en produits raffinés a imposé une charge financière supplémentaire considérable. Les importations de produits pétroliers ont littéralement explosé de 572 %, passant de 209 000 tonnes en 2024 à 1 404 000 tonnes en 2025, principalement en raison de l’achat, sur les marchés internationaux, de 1,078 million de tonnes de gasoil non subventionné pour compenser les capacités de raffinage locales.
Une offensive d’investissement contre-cyclique
Loin d’opter pour une politique de repli budgétaire ou d’austérité face au recul des recettes, la compagnie pétrolière nationale a fait le choix stratégique d’accélérer ses engagements en capital afin de sécuriser le potentiel futur du pays. Les investissements réalisés en Algérie en 2025 ont franchi le cap des 1 078 milliards de DA (équivalant à 7,9 milliards de dollars US), ce qui représente une hausse spectaculaire de 29 % par rapport aux 836 milliards de DA engagés en 2024.
L’activité Exploration-Production a absorbé la part du lion de cet effort, représentant 69 % de l’enveloppe globale, soit 740 milliards de DA (5,4 milliards de dollars US). Cet effort ciblé a porté ses fruits sur le plan opérationnel : Sonatrach a réalisé 17 nouvelles découvertes d’hydrocarbures au cours de l’année, toutes en effort propre, ce qui met en évidence un volume en place prouvé et probable (2P) de 84,60 millions de TEP. Sur le plan des infrastructures, la priorité a été donnée aux projets d’extension et de maintien de la pression des gisements stratégiques, au premier rang desquels figure le mégaprojet de Boosting Hassi R’Mel (Phase III, étape 2), ainsi qu’aux développements des champs de Touggourt, de Tinrhert et de Rhourde Chegga.
En parallèle, l’amont a été complété par une accélération des projets de transformation de l’aval, raffinage et pétrochimie (190 milliards de DA d’investissements), illustrée par la signature, avec le géant chinois Sinopec, d’un contrat EPCC pour une nouvelle unité de reforming à Arzew visant à porter la production d’essence à 1,2 million de tonnes par an, ainsi que par les chantiers des unités de MTBE à Arzew et de LAB à Skikda.
Enfin, Sonatrach a affirmé son rôle de moteur de l’intégration économique nationale. Sur les 2 589 contrats d’une valeur de 881 milliards de DA conclus par le groupe en 2025, 2 150 marchés — soit 83 % du volume contractuel et 512 milliards de DA en valeur (59 %) — ont été attribués à des entreprises de droit algérien. En combinant préservation des marges et soutien direct au tissu industriel local, le géant algérien cherche à consolider ses piliers face aux incertitudes qui pèsent sur l’échiquier énergétique régional et international.




Le chiffre d’affaires de Sonatrach progresse fortement entre 2020 et 2022, année où il atteint un sommet de 8 909 milliards de DA. Il amorce ensuite une baisse continue pour s’établir à 5 748 milliards de DA en 2025, soit un recul d’environ 35,5 % par rapport au pic de 2022.