Reportage –Tizi Ouzou : à Boudjima, le marché du samedi…est une affaire de femmes

Le jeudi, Boudjima a son marché. Le samedi, elle en a un autre, et celui-là n’est que pour les femmes. À une trentaine de kilomètres au nord de Tizi Ouzou, des exposantes y vendent leurs œufs, leurs légumes et leurs poteries, et certaines y ont retrouvé des clients.

6 min de lecture
Le marché réservé aux femmes est devenu un rendez-vous hebdomadaire incontournable, organisé chaque samedi à Boudjima, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Photo Hassiba Arkam pour Maghreb Emergent
Ajoutez Maghreb Émergent sur Google pour trouver du contenu similaire

En Kabylie, les marchés réservés aux femmes sont une tradition ancienne. À une époque où les espaces de rencontre féminins étaient peu nombreux, ces rendez-vous permettaient aux femmes de se retrouver, d’échanger et de vendre leurs produits. Au fil des années, cette pratique a pris une dimension économique. Elle constitue aujourd’hui une occasion pour les artisanes et les femmes rurales de commercialiser leur production et de compléter leurs revenus.

C’est dans cet esprit que se tient chaque samedi un marché exclusivement réservé aux femmes à Boudjima, une commune située à une trentaine de kilomètres au nord de la ville de Tizi Ouzou. Connue pour ses activités artisanales, cette localité accueille un rendez-vous hebdomadaire qui rassemble des exposantes venues de plusieurs villages et communes de la région.

La commune dispose déjà d’un marché hebdomadaire organisé chaque jeudi. Mais le samedi, l’espace est réservé aux femmes. Elles y proposent des produits faits maison, des articles artisanaux et des denrées issues de leurs propres jardins ou élevages.

Depuis trois semaines, ce marché se tient dans un nouvel espace aménagé au niveau de la place des 100 locaux commerciaux, au centre de Boudjima. Ce changement répond à une demande des exposantes, qui souhaitaient disposer d’un endroit mieux adapté à leur activité et au nombre de participantes.

Un débouché pour les produits des femmes rurales

Pour plusieurs exposantes, ce marché représente une solution concrète à une difficulté ancienne : trouver des acheteurs pour leurs produits. L’espace leur permet de vendre directement aux visiteurs, sans passer par des intermédiaires et sans devoir se déplacer vers d’autres localités.

Une exposante explique qu’elle y propose notamment les légumes de son jardin, dont des tomates et des poivrons, ainsi que les œufs de ses poules. « Là où j’habite, j’ai aménagé un petit jardin où je cultive des poivrons et des tomates. J’ai aussi une basse-cour pour mes poules. Avant, j’envoyais mes deux fils à Ouaguenoun dans l’espoir de vendre mes œufs, mais leur commercialisation était difficile. Ici, je peux même apporter les légumes de mon jardin. Je ne pratique pas des prix élevés : tout est à 100 dinars et les produits se vendent rapidement », témoigne-t-elle.

Le marché permet aussi à certaines femmes de reprendre des activités qu’elles avaient abandonnées faute de débouchés. C’est le cas d’une exposante qui fabrique de la poterie traditionnelle, sans four spécialisé.

« J’avais arrêté cette activité depuis plusieurs années, faute d’acheteurs. Les gens n’utilisent plus autant les produits artisanaux dans leurs cuisines. Mais avec la demande enregistrée ici, j’ai repris mon travail. Aujourd’hui, les pièces se vendent. Je prends d’abord les commandes, puis je réalise les objets », explique-t-elle.

Les étals proposent une grande variété de produits : poterie, huile d’olive, vêtements traditionnels, épices, plats et gâteaux préparés à la maison, légumes biologiques et œufs de poules élevées dans les foyers. Les prix sont généralement accessibles, selon les exposantes.

Hassiba Arkam veut étendre l’initiative à d’autres villages

Cette initiative est également accompagnée par Hassiba Arkam, élue à l’Assemblée populaire de wilaya (APW) de Tizi Ouzou. Elle explique avoir suivi les démarches engagées pour offrir aux artisanes un espace adapté à leurs activités.

« Nous avons travaillé pour transformer l’espace de ce marché en une place aménagée au niveau des 100 locaux commerciaux, au centre de la commune de Boudjima. Ces locaux ont bénéficié d’un projet de réhabilitation et d’aménagement après la visite du wali, qui a écouté les préoccupations des femmes artisanes et donné son accord pour la rénovation », indique-t-elle.

L’élue explique que l’intégration de ces locaux à l’espace du marché doit permettre de renforcer l’activité commerciale. « Nous avons estimé qu’il était préférable d’associer ces locaux au marché afin de dynamiser les échanges. Le rendez-vous attire de nombreuses femmes artisanes, venues de plusieurs communes, ainsi que des visiteuses qui viennent acheter différents produits traditionnels. Les prix restent accessibles », souligne-t-elle.

Hassiba Arkam souhaite également que cette expérience soit reproduite dans d’autres villages. Elle affirme être en contact avec des femmes de différentes localités et effectuer régulièrement des visites sur le terrain pour recueillir leurs préoccupations.

Au-delà du marché du samedi, l’élue évoque une autre possibilité : permettre aux femmes artisanes d’exploiter les locaux commerciaux réalisés dans le cadre du programme présidentiel, mais qui ne sont pas encore utilisés dans la commune. L’enjeu est de leur donner des espaces permanents pour développer leurs activités.

Partager cet article