Gaz à 100 euros en Europe : l’Algérie peut-elle profiter de la crise si la guerre en Iran reprend ?

Le gaz européen a brièvement franchi les 100 euros le mégawattheure le 28 octobre, du jamais vu depuis décembre 2022. L'Europe cherche du gaz fiable avant l'hiver et regarde vers Alger. Mais l'Algérie peut-elle vraiment en profiter si le conflit en Iran repart ?

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Le terminal d'arrivée du gazoduc Transmed à Mazara del Vallo, où le gaz algérien est réceptionné avant d'être injecté dans le réseau italien. ©Transmed SpA.
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Mercredi 28 octobre, le prix du gaz a touché 100,45 euros le mégawattheure sur le marché néerlandais TTF, le baromètre de toute l’Europe, avant de retomber un peu sous la barre, selon les données rapportées par Reuters. Il cotait autour de 32 euros avant la guerre en Iran, fin février. Les stocks européens ne sont remplis qu’à 74,96 %, selon Gas Infrastructure Europe, soit près de huit points de moins qu’à la mi-octobre 2025. Le commissaire à l’Énergie, Dan Jørgensen, parle d’une nouvelle crise énergétique, et les analystes s’attendent à au moins un an de prix élevés, même si le conflit s’arrête.

Dans ce paysage, l’Algérie a de quoi se rassurer. Elle a fourni 39 à 40 milliards de mètres cubes à l’Union en 2025, soit 13 à 14 % de ses importations, et s’était déjà hissée au rang de deuxième fournisseur par gazoduc. Son gaz arrive par le TransMed vers l’Italie et par le Medgaz vers l’Espagne, sous la Méditerranée, loin des routes maritimes menacées.

Sur les sept premiers mois de 2026, les livraisons par gazoduc ont augmenté de 13 % vers l’Espagne et de 5 % vers l’Italie. Sonatrach a signé le 16 juillet un contrat avec l’allemand VNG pour livrer davantage à partir du 1er janvier 2027. Prague a annoncé les 26 et 27 octobre vouloir doubler ses achats, sans engagement ferme pour l’instant, et Ankara espère passer de 4,4 à plus de 6 milliards de mètres cubes dans un contrat qui expire en septembre 2027.

Un robinet qui ne s’ouvre pas à volonté

Le problème, c’est que le gaz algérien ne se multiplie pas sur commande. De janvier à juillet, la production a atteint 62,6 milliards de mètres cubes, soit 4 % de plus, mais la consommation du pays a grimpé de 7 %, à 33,1 milliards. Le gaz fait tourner près de 99 % de l’électricité, et en mars déjà, plus de la moitié du gaz produit n’avait pas quitté le territoire. Résultat, les gazoducs vers l’Europe, capables d’acheminer environ 43 milliards de mètres cubes, tournent en dessous de leur potentiel faute de gaz à y mettre.

Le gaz liquéfié ne comble pas l’écart. Les exportations de GNL ont reculé de 5 % sur les cinq premiers mois de l’année, et l’Algérie en produit environ moitié moins que le Qatar, ce qui l’empêche de remplacer les volumes du Golfe, selon des experts cités par l’AFP. Des analystes ajoutent que les installations tournent déjà à plein et que les champs les plus anciens s’essoufflent.

Sonatrach mise sur l’avenir. Son plan 2026-2030 prévoit quelque 500 puits d’exploration, 950 puits de développement et 6 300 interventions sur des puits existants, avec 60 milliards de dollars d’investissements sur 2025-2029. Le groupe vise 200 milliards de mètres cubes par an d’ici cinq ans, contre 137 en 2023, et un tour de licences sur sept blocs doit se clore en janvier 2027.

Il faudra pourtant du temps pour que ces forages produisent, et une partie du gaz supplémentaire pourrait être avalée par le marché national. Si la guerre reprenait, le gaz algérien vaudrait plus cher sans qu’il y en ait davantage à vendre, et le gain dépendrait de la vitesse à laquelle Sonatrach parvient à produire plus que ce que consomme le pays.

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