GNL : la facture mondiale grimpe à 39 milliards de dollars, l’Algérie dans la course

Les importateurs de gaz liquéfié paieront au moins 39 milliards de dollars de plus en 2026, estime Rystad Energy, et l’Europe subit la hausse la plus forte. L’Algérie, dont le gaz passe par gazoduc sous la Méditerranée, cherche à placer ses volumes, mais sa production recule.

6 min de lecture
Le méthanier Cheikh Bouamama en mer. Les importateurs de gaz liquéfié paieront au moins 39 milliards de dollars de plus en 2026, selon Rystad Energy. ©Sonatrach
Ajoutez Maghreb Émergent sur Google pour trouver du contenu similaire

Rystad Energy chiffre à 256,3 milliards de dollars la facture mondiale de GNL pour 2026, soit au moins 39 milliards de plus que les 217,8 milliards prévus avant le conflit. Les acheteurs paient davantage alors qu’ils reçoivent 60,7 millions de tonnes de moins. Le cabinet norvégien travaille sur une hypothèse précise, celle d’un Qatar et d’Émirats arabes unis qui ne livreraient aucune cargaison de mars à la fin de décembre.

Le scénario est plus sévère que la réalité, car la production des deux pays a reculé d’environ 80 % entre mars et juin selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), sans disparaître. Dans cette recomposition, l’Algérie dispose d’un atout géographique, puisque son gaz rejoint l’Italie et l’Espagne par les gazoducs Transmed et Medgaz, sous la Méditerranée.

Le détroit d’Ormuz a laissé passer en 2025 quelque 110 milliards de mètres cubes de GNL, près d’un cinquième du commerce mondial, d’après l’AIE. Près de 90 % de ces volumes partaient vers l’Asie, moins de 10 % vers l’Europe. Le continent n’était donc pas le premier exposé, et pourtant sa facture grimpe le plus, d’au moins 12 milliards de dollars, soit 18 %, bien que sa consommation de GNL fléchisse de 24 millions de tonnes. Le prix moyen qu’il paie a augmenté de 47 %. Le Qatar a vu sa part dans les importations européennes de GNL tomber à 0,3 % au deuxième trimestre, contre 10,1 % fin 2025, selon Eurostat.

Un amortisseur contractuel qui fait défaut

L’Asie de l’Est a gardé cet amortisseur. Le comptant n’y couvre que 14,5 % des importations, et 82 % des contrats de long terme suivent le cours du pétrole, resté en retrait de celui du gaz. Ces contrats ont renchéri d’environ 28 %, contre 72 % pour ceux qui suivent les indices gaziers et le marché spot. La région subit ainsi la plus faible hausse relative hors du Moyen-Orient, 9,7 %, bien que ses contrats avec le Golfe soient les plus nombreux en valeur absolue.

L’Europe achète environ 65 % de son GNL au comptant, et près d’un quart de ses contrats de long terme sont déjà indexés sur les prix du gaz. L’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) évaluait à une quarantaine de milliards de mètres cubes les besoins européens en GNL au comptant pour 2026, une fois déduits les volumes sous contrat, et à 56 milliards en l’absence de toute cargaison qatarie. La part du spot étant déjà haute, Rystad juge la marge pour la relever encore très mince.

Rouvrir le détroit ne suffirait pas à détendre le marché. Les frappes de mars sur Ras Laffan, le plus grand site de liquéfaction du monde, ont détruit deux trains de liquéfaction, soit 17 % de la capacité du Qatar, environ 12,8 millions de tonnes par an. Rystad estime à au moins 25 milliards de dollars les réparations pour l’ensemble des installations touchées dans le Golfe, et juge que Ras Laffan pourrait en avoir pour cinq ans, faute de turbines à gaz de grande taille. L’AIE en conclut que l’apaisement attendu de la vague de nouveaux projets de GNL sera retardé d’au moins deux ans. Les prix pèsent déjà sur la consommation, qu’elle voit reculer de 0,5 % en 2026, soit 20 milliards de mètres cubes.

Les États-Unis fournissaient déjà 57,4 % du GNL européen en valeur au premier trimestre, selon Eurostat. Rystad y voit une protection contre les routes à risque, puisque les cargaisons du golfe du Mexique évitent Ormuz. Le cabinet rappelle aussi que la multiplication des usines de liquéfaction américaines lie davantage le prix mondial du GNL à celui du gaz américain, le Henry Hub. L’appétit de ces usines et des centrales électriques pourrait le faire monter, et les contrats qui le prennent pour référence ne resteront pas forcément avantageux jusqu’à leur terme. Rystad recommande d’ajuster la durée des engagements aux besoins qui subsistent, et de varier origines comme itinéraires en vérifiant les clauses de remplacement.

Dès le 2 mars, Alger visait le marché au comptant en Égypte, en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn. Le débit du Medgaz est passé au printemps de 28 à 32 millions de mètres cubes par jour, Madrid souhaiterait jusqu’à 1,8 milliard de mètres cubes supplémentaires, et un accord avec l’énergéticien allemand VNG prévoit davantage de livraisons vers l’Allemagne à partir du 1er janvier 2027. Mais la production nationale a reculé en 2025 pour la troisième année consécutive, à 101,84 milliards de mètres cubes contre 104,5 milliards un an plus tôt, et le marché intérieur en absorbe près de la moitié. Sonatrach privilégie les gazoducs vers l’Italie et l’Espagne, sous contrats de long terme indexés, et ses expéditions de GNL ont ainsi reculé de 6,5 % au premier semestre 2026, à 4,47 millions de tonnes.

ÉTIQUETTES :
Partager cet article