Mercredi 4 novembre, au lendemain du scrutin qui a donné aux démocrates le contrôle du Congrès, le baril de Brent a perdu 8,98 dollars, soit 8,7 %, pour terminer à 94,62 dollars, son plus bas niveau depuis près de deux mois. Le WTI américain a cédé 8,3 %, à 88,12 dollars. Les opérateurs parient désormais sur un infléchissement de Donald Trump dans la guerre contre l’Iran, engagée il y a huit mois.
Les cours avaient d’abord peu bougé, autour de 102 dollars, avant que la baisse ne s’accélère dans la foulée d’un long message de JD Vance sur X. « La raison de notre défaite, c’est la guerre », a écrit le vice-président, qui cite aussi l’inflation et les liens avec Israël parmi les motifs ayant fait basculer des électeurs qui avaient voté Trump en 2024.
Donald Trump a lui-même admis que le conflit avait en partie pesé sur le résultat, tout en disant ne rien regretter. Il a assuré qu’aucune frappe contre l’Iran n’était envisagée dans l’immédiat. Prêt à travailler avec les démocrates, a-t-il dit, il opposera son veto si nécessaire.
Le nouveau Congrès n’entrera en fonctions qu’en janvier, mais il pourra alors se servir de son pouvoir sur les dépenses pour contester des crédits militaires supplémentaires et accentuer la pression en faveur d’une solution diplomatique, relève Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.
Selon Reuters, deux sources proches de gouvernements du Golfe jugent qu’un président affaibli, devant un Congrès capable de restreindre ses options militaires, a davantage de raisons de chercher un accord, et qu’une offensive de grande ampleur contre l’Iran devient moins probable. À Téhéran, le négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, a salué sur X un « non à la guerre » des électeurs américains.
Abdulaziz Sager, qui préside le Gulf Research Center, un institut basé en Arabie saoudite, estime au contraire que la défaite peut rendre Donald Trump plus disposé à frapper, les considérations électorales qui plaidaient pour la retenue s’étant estompées et aucun troisième mandat ne se profilant. Citi redoute, dans une note publiée jeudi, que la Maison Blanche, le scrutin passé, se concentre sur ses pouvoirs exécutifs en politique étrangère, au risque d’une escalade avec l’Iran. Eurasia Group a ramené de 65 % à 60 % la probabilité de nouvelles frappes américaines, mais aussi de 20 % à 10 % celle d’un accord, l’Iran campant sur ses exigences et Donald Trump n’étant guère disposé à accepter des conditions assimilables à une défaite.
Le baril poursuivait son recul jeudi, pour une quatrième séance consécutive. Le marché intègre désormais plus fortement l’hypothèse d’une fin de la guerre, observe June Goh, analyste chez Sparta Commodities, mais la volatilité devrait rester forte, le chemin d’un règlement diplomatique restant incertain et les réserves stratégiques mondiales très entamées.
Pour l’Algérie, le recul ne touche pas encore les hypothèses du budget. Le projet de loi de finances 2027 retient un baril de référence à 60 dollars et un prix de marché à 70 dollars, soit à peu près le niveau du Brent avant la guerre. À 94,62 dollars, le Brent reste près de 25 dollars au-dessus de ce prix de marché. Sur les neuf premiers mois de 2026, le baril algérien s’est vendu près de 97 dollars en moyenne, a indiqué Mohamed Arkab devant la commission des finances de l’Assemblée. Cela n’empêche pas le FMI de prévoir un déficit budgétaire de 9,6 % du PIB cette année et de 10,2 % en 2027, avec des réserves de change qui passeraient de 46,5 milliards de dollars fin 2026 à 41 milliards un an plus tard.



