Banque d’Algérie : pourquoi la hausse du pétrole profite à l’Algérie et à la Libye

Dans sa déclaration devant le Comité monétaire et financier international, le gouverneur de la Banque d'Algérie, Mohand Bourai, parlait aussi au nom de six autres pays. Il y estime que le renchérissement de l'énergie peut améliorer les comptes publics et extérieurs de l'Algérie et de la Libye. Les chiffres livrés samedi par Mohamed Arkab vont dans ce sens.

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Mohand Bourai, gouverneur de la Banque d’Algérie, s’exprime au nom de l’Algérie lors de la réunion du FMI avec les responsables financiers de la région MENAP, à Bangkok. ©Banque d'Algérie
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La guerre au Moyen-Orient pèse sur l’économie mondiale, mais pas partout de la même façon. Dans la déclaration présentée à la 54e réunion du CMFI, les 16 et 17 octobre, Mohand Bourai parle au nom de l’Algérie, du Ghana, de l’Iran, de la Libye, du Maroc, du Pakistan et de la Tunisie. Il met Alger et Tripoli à part. La hausse des prix de l’énergie pourrait y améliorer les soldes budgétaires et extérieurs, ce qui leur donnerait de la latitude pour reconstituer leurs volants de sécurité, avancer sur les réformes et investir. Le Maroc et la Tunisie, importateurs d’énergie, voient au contraire leurs termes de l’échange se dégrader.

Dans une première déclaration, devant les responsables financiers de la région MENAP, le gouverneur avait déjà qualifié le conflit de choc exceptionnel et demandé plus de souplesse au FMI.

Un baril à près de 97 dollars qui gonfle les caisses d’Alger

Les chiffres donnés samedi 17 octobre par Mohamed Arkab devant la commission des finances de l’APN, dans le cadre du projet de loi de finances 2027, illustrent ce diagnostic. Les exportations d’hydrocarbures ont rapporté 37,5 milliards de dollars de janvier à fin septembre 2026. Un an plus tôt, sur la même période, elles atteignaient 31 milliards, soit environ 21 % de moins.

Le ministre met cette progression sur le compte d’un baril algérien à près de 97 dollars en moyenne, en hausse de 37 % sur un an, et d’un gaz vendu autour de 11,3 dollars le million de BTU. La fiscalité pétrolière a atteint 2 841 milliards de dinars, environ 105 % des prévisions de la loi de finances 2026 (2 698 milliards), bâtie sur un baril de référence à 60 dollars. Le Brent campait cette semaine au-dessus de 105 dollars, sur fond de tensions au Moyen-Orient.

La prudence budgétaire, un conseil qui parle à Alger

Mohand Bourai recommande, là où les conditions le permettent, de réduire les déficits, de placer la dette sur une trajectoire viable et de renforcer la mobilisation des recettes intérieures. Ces conseils valent pour tout le groupe et doivent être adaptés à chaque pays, précise le texte. Ils prennent du relief pour l’Algérie. À l’issue de sa consultation au titre de l’article IV, le FMI table sur un déficit budgétaire de 9,6 % du PIB cette année, après 10,5 % en 2025, et sur des réserves de change de 46,5 milliards de dollars fin 2026, contre 68,9 milliards en 2024. Il appelle à un ajustement budgétaire important et projette une forte baisse des réserves d’ici 2031.

Le programme présenté par Mohamed Arkab prévoit 71,6 milliards de dollars d’investissements dans le secteur d’ici 2030, pour porter la production primaire à environ 201 millions de tonnes équivalent pétrole et faire passer le taux de valorisation des hydrocarbures de près de 30 % à plus de 50 %. Quant à la trajectoire budgétaire, Ihsane El Kadi relève, à l’issue du premier examen du PLF 2027, que l’encadrement du budget qui pourrait ouvrir un chantier de réformes n’est pas prévu pour l’an prochain.

La Libye, une rente qui finance surtout les salaires

À Tripoli, la Banque centrale a publié des recettes publiques de 98,98 milliards de dinars libyens entre janvier et août 2026. Les ventes de pétrole (80,8 milliards) et les redevances (15,3 milliards) en représentent environ 97 %. Les dépenses publiées s’élèvent à 68,6 milliards, hors salaires d’août, soit un écart d’environ 30 milliards. Les rémunérations en absorbent l’essentiel, et l’investissement de développement reste limité.

La production progresse. La National Oil Corporation fait état de 1,43 million de barils par jour, son plus haut niveau depuis plus de dix ans, pour un objectif de 1,6 million d’ici fin 2026. Le pays a aussi adopté le 11 avril son premier budget unifié depuis treize ans. Le contexte reste fragile. La Libye a connu début juin des perturbations dans la distribution de carburant, et les divisions persistent, comme le montre la visite de Khaled Haftar à Rabat. 

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