Déficit, dette publique, réserves de change : le FMI appelle l’Algérie à un “ajustement budgétaire important”

Le Fonds monétaire international presse l'Algérie de procéder à un « ajustement budgétaire important », jugeant urgent de renforcer la capacité de résistance de l'économie face à l'érosion de ses marges financières et extérieures.

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Au terme des consultations au titre de l’article IV pour 2026, la mission du FMI recommande un tour de vis sur la politique budgétaire, en particulier compte tenu du creusement du déficit courant, ainsi qu’un refus de financer le déficit de la trésorerie par la planche à billets, sans exclure un durcissement monétaire si l’inflation venait à persister.

L’économie algérienne a pourtant tenu bon en 2025, avec une croissance de 3,9 % tirée par l’investissement. Mais pour le Fonds, la nuance est de taille : même ramené à 10,5 % du PIB l’année dernière, le déficit budgétaire « demeure beaucoup trop élevé ». Et cette embellie apparente serait due, non pas à un redressement structurel, mais à des dividendes exceptionnels versés par les entreprises publiques et la Banque d’Algérie, ainsi qu’à une progression des recettes hors hydrocarbures. Autre indicateur qui inquiète l’institution : la dette publique qui a bondit à 52,1 % du PIB, sous l’effet de besoins de financement élevés, prolongeant la trajectoire déjà pointée par le rapport du FMI de 2025, qui réclamait un effort supplémentaire de 5 points de PIB entre 2025 et 2028.

Le poids démographique du pays, près de 47 millions d’habitants, et sa rente pétrolière et gazière, l’une des plus importantes du continent, expliquent l’ampleur du dispositif de soutien public maintenu par l’Algérie. Plus de 5 milliards de dollars y sont ainsi fléchés dans le budget 2026, pour subventionner le lait, le sucre, les huiles, l’énergie, la santé et l’éducation.

Le déclenchement de la guerre en Iran avait, dans un premier temps, redonné de l’air aux finances publiques en dopant les cours du brut. Mais ce sursis s’est déjà érodé : le baril évolue désormais autour de 72 dollars, non loin des 70 dollars retenus comme hypothèse par le gouvernement dans sa loi de finances.

Un optimisme prudent pour l’année en cours

Le compte courant algérien s’est, selon le FMI, « nettement dégradé » en 2025, sous l’effet conjugué d’une hausse des importations liée aux investissements publics et d’un repli des exportations d’hydrocarbures. Résultat : « une baisse sensible des réserves internationales », désormais évaluées à environ 70 milliards de dollars d’après les derniers chiffres officiels disponibles, un recul déjà mis en évidence par Maghreb Émergent sur la base des données du FMI et de la Banque d’Algérie.

Malgré ce constat, le Fonds ne verse pas dans le pessimisme à court terme : sa prévision de croissance pour 2026 s’établit à 3,8 %, portée par le rebond des cours des hydrocarbures qui devrait soutenir à la fois les exportations et les recettes publiques, quitte à provoquer une poussée passagère de l’inflation, avant un reflux attendu du déficit courant.

Les autorités algériennes visent, elles, un objectif plus ambitieux dans leur budget : près de 4 % de croissance, appuyé sur une accélération de l’investissement et le développement de projets industriels et miniers, avec en toile de fond une inflation que le gouvernement espère contenir sous les 2 %.

Le FMI n’en tempère pas moins son optimisme : si les niveaux de déficit actuels se prolongent, la dette publique continuera de grossir et les réserves de change s’épuiseront peu à peu à moyen terme. Sur ce terrain, Maghreb Émergent chiffrait récemment le « gap de financement » qu’Alger devra combler entre 2026 et 2028, tout en rappelant que la faiblesse de la dette externe du pays constitue une marge de manœuvre non négligeable.

Ce qui fragilise l’économie et comment y remédier

Pour le Fonds, trois fragilités dominent le tableau : les à-coups des prix des hydrocarbures, la persistance d’un déficit budgétaire élevé, et l’imbrication financière entre l’État, les entreprises publiques et les banques publiques. L’institution ne mâche pas ses mots sur ce dernier point, avertissant qu’un « recours prolongé au financement monétaire risquerait de compromettre la stabilité des prix et la crédibilité des politiques publiques ».

Côté remèdes, le FMI plaide d’abord pour une mobilisation accrue des recettes hors hydrocarbures : élargir l’assiette fiscale, réduire les exonérations, muscler l’administration des impôts et accélérer la numérisation pour grignoter le poids de l’informel. Il recommande aussi de revoir en profondeur le système de subventions et de transferts sociaux, de resserrer les flux financiers vers les entreprises publiques et de gagner en efficacité dans l’investissement public.

Autres leviers évoqués : davantage de souplesse sur le taux de change, la poursuite des chantiers d’amélioration du climat des affaires, et un allègement des freins réglementaires et commerciaux, l’ensemble devant accompagner le glissement progressif de l’économie vers un modèle de croissance plus durable, tiré par l’initiative privée.

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