L’Afrique lance sa propre agence de notation, un pari sur la crédibilité

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Lancée à Port Louis le 7 octobre 2026, l'AfCRA ambitionne de compléter les notations des agences internationales. (Illustration)

L’Afrique a désormais sa propre agence de notation. L’Africa Credit Rating Agency (AfCRA) a été lancée le 7 octobre 2026 à Port Louis, à Maurice, où elle a son siège. Présentée comme indépendante et portée par le secteur privé, elle se veut complémentaire des agences internationales, et non concurrente.

Ce lancement couronne un long travail de l’Union africaine et du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), soutenus par la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Il était prévu pour septembre 2025 et a été repoussé d’un an. Maurice a été choisie en septembre 2025, au terme d’une procédure concurrentielle menée par le MAEP entre les États membres de l’UA.

Le coût de la « prime Afrique »

Selon Hanan Morsy, secrétaire exécutive adjointe de la CEA, les primes de risque persistantes coûtent au continent environ 75 milliards de dollars par an en intérêts excédentaires. Pour les gouvernements, c’est autant de ressources en moins pour les infrastructures, la santé ou l’éducation.

Les griefs sont connus. Le Ghana et la Zambie ont fait valoir que des dégradations avaient aggravé leurs difficultés d’endettement. Le MAEP a également critiqué la dégradation de la note d’Afreximbank par Fitch, estimant que ses fondamentaux avaient été mal évalués. Fitch défend sa méthodologie, qu’elle dit fondée sur des critères cohérents et transparents à l’échelle mondiale.

Indépendance et périmètre

Pour préserver sa crédibilité, l’agence ne sera pas détenue par des gouvernements africains et devrait se concentrer principalement sur la dette libellée en monnaie locale. Au-delà des notes souveraines, elle doit évaluer des entités infranationales et des entreprises, afin d’élargir l’information de crédit et d’approfondir les marchés de capitaux domestiques.

La ministre mauricienne Jyoti Jeetun a martelé que l’objectif n’est pas d’obtenir de meilleures notes, mais de mieux comprendre l’Afrique. Marie-Antoinette Rose-Quatre, directrice générale du MAEP, a insisté sur la protection contre les ingérences politiques.

Le défi de la reconnaissance

Le plus dur reste à faire. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, a prévenu que l’AfCRA seule ne réduirait pas sensiblement le coût du capital. Hanan Morsy a rappelé que des fondamentaux solides demeurent déterminants : la gestion macroéconomique, la mobilisation des ressources internes et la disponibilité de données fiables.

La crédibilité se construit dans la durée. Des analystes rappellent que Japan Credit Rating Agency et DBRS Morningstar ont mis de nombreuses années à s’imposer à l’échelle internationale, et se demandent quelle note guiderait la tarification si S&P donnait BB- et l’AfCRA BBB. La conseillère spéciale de l’ONU pour l’Afrique, Ahunna Eziakonwa, a lancé un avertissement : le continent ne peut pas demander au capital mondial de faire confiance à ce que le capital africain juge facultatif. Les fonds de pension, les banques de développement et les banques centrales africaines devront donc utiliser ces notations.

Un marché déjà concurrentiel

L’AfCRA arrive sur un terrain occupé. Moody’s a étendu sa présence en rachetant GCR Ratings, WARA et MERIS en Égypte. Maurice abrite par ailleurs CARE Ratings Africa, première agence agréée du pays, en 2015.

Le projet s’inscrit dans la réforme de l’architecture financière internationale et dans l’intégration commerciale, notamment la ZLECAf. La question est maintenant de savoir si ses notes seront suivies par les marchés.

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