De la promesse de « sang neuf »…
À la suite du Hirak, Abdelmadjid Tebboune dissout l’Assemblée populaire nationale et convoque des élections législatives anticipées. Dans ses entretiens, accordés aussi bien à la presse étrangère qu’aux médias nationaux, il multiplie alors les critiques contre les partis politiques, qu’il juge incapables de représenter plus du quart du corps électoral.
Le Front de libération nationale (FLN), pourtant son parti d’origine, est particulièrement visé. Le président rappelle publiquement que le FLN avait soutenu un autre candidat lors de l’élection présidentielle de 2019. En outre, le FLN et le Rassemblement national démocratique (RND) demeurant étroitement associés aux années Bouteflika, ils ont été tenus à l’écart des premières consultations politiques organisées par Abdelmadjid Tebboune.
Les législatives du 12 juin 2021 devaient incarner cette rupture. Tebboune promet alors une Assemblée composée aux trois quarts de jeunes issus de la société civile. Les candidatures indépendantes sont encouragées, au point que 1 253 listes sont déposées, contre 1 237 listes partisanes. Les résultats restent toutefois en deçà des attentes : les indépendants remportent 84 sièges et constituent le deuxième groupe parlementaire derrière le FLN.
…à la désillusion
Très vite, les limites de cette stratégie apparaissent. Une partie des députés élus comme indépendants rejoignent ensuite des groupes parlementaires ou se révèlent liés à des réseaux d’intérêts financiers, fragilisant l’image d’une société civile autonome.
Le tournant intervient en août 2023, lorsque le président Tebboune affirme que « l’ancienne issaba » a infiltré les réseaux de la société civile mis en place sous son mandat. Ce changement de discours s’accompagne d’une reprise en main progressive de ces structures, illustrée notamment par le remplacement du président de l’Observatoire national de la société civile.

Le changement est également perceptible dans la nouvelle loi électorale. L’objectif n’est plus d’ouvrir largement les portes du Parlement, mais d’en contrôler l’accès. L’article 200 devient le symbole de cette évolution : près de la moitié des députés sortants, pourtant auteurs du texte, voient leur propre candidature rejetée.
Parallèlement, les nouvelles règles de financement des jeunes candidats indépendants réduisent fortement leur capacité à se présenter. Le nombre de listes indépendantes tombe ainsi à 125, contre 613 listes présentées par 32 partis politiques.
Juillet 2026 : la fin d’un cycle
Le scrutin du 2 juillet 2026 se déroule dans un contexte d’abstention encore plus marqué qu’en 2021. Le taux de participation officiel atteint seulement 20,79 %, contre 23 % cinq ans auparavant, un niveau qui pourrait constituer le plus faible jamais enregistré lors d’élections législatives en Algérie.
La sanction est sans appel pour les indépendants. Leur groupe parlementaire passe de 84 à 32 sièges, loin derrière le FLN, le RND, le Front El Moustakbal, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) et le Mouvement El Bina.
Au-delà du résultat électoral, ce recul marque surtout l’échec d’une tentative de recomposition de la scène politique par impulsion présidentielle. L’expérience rappelle celle du RND, propulsé au pouvoir en 1997 quelques mois seulement après sa création, ou encore celle du parti TAJ de l’ancien ministre Amar Ghoul, réduit aujourd’hui à deux députés.
Cette nouvelle séquence confirme une constante de la vie politique algérienne : les formations ou les dynamiques politiques impulsées par le pouvoir peuvent produire des succès électoraux immédiats, mais elles peinent à s’inscrire durablement dans le paysage politique lorsqu’elles ne reposent pas sur un véritable ancrage social et électoral.


