Algérie : le FMI projette une chute de 61 % des réserves de change d’ici 2031

Dans son évaluation annuelle de l'économie algérienne, le Fonds monétaire international prévoit que les réserves officielles de change tomberont à 19,8 milliards de dollars en 2031. Aussi recommande-t-il une consolidation budgétaire « progressive et crédible », que la hausse des cours des hydrocarbures doit permettre d'engager.

6 min de lecture
Le conseil d'administration du FMI a conclu le 11 septembre les consultations de 2026 au titre de l'article IV avec l'Algérie. Illustration : (crédit / Maghreb Emergent)

Le chiffre figure dans le tableau des principaux indicateurs joint au communiqué publié le 21 septembre par le FMI, à l’issue de la réunion de son conseil d’administration du 11 septembre. Les réserves brutes de l’Algérie, qui s’établissaient à 68,9 milliards de dollars en 2024, sont estimées à 51,0 milliards de dollars en 2025. Le pays a ainsi perdu 17,9 milliards de dollars en un an. Selon les projections des services du Fonds, le stock descendrait à 46,5 milliards en 2026, à 33,4 milliards en 2028, puis à 19,8 milliards en 2031. Mesurées en mois d’importations, les réserves ne couvriraient plus que 3,3 mois à la fin de la période, contre 11,1 mois en 2024.

Réserves de change de l’Algérie, 2024-2031 (FMI)

Réserves de change de l’Algérie : la fonte se poursuit

Réserves officielles brutes, en milliards de dollars. En gris, les mois d’importations couverts.

Donnée (2024) et estimation (2025)Projections du FMI
Réserves officielles brutes de l’Algérie
AnnéeMilliards de dollarsMois d’importations
202468,911,1
202551,08,6
202646,58,1
202741,07,2
202833,45,8
202927,84,8
203023,53,9
203119,83,3

Source : FMI, communiqué n° 26/290 du 21 septembre 2026. 2024 : donnée ; 2025 : estimation ; 2026-2031 : projections des services du FMI.

MAGHREB ÉMERGENT

Le FMI impute la chute de 2025 à la dégradation des comptes extérieurs. Selon le communiqué, le déficit extérieur « s’est considérablement détérioré » sous l’effet de la hausse des importations et du recul des exportations d’hydrocarbures, ce qui a entraîné « une forte réduction des réserves internationales ».

Le déficit des transactions courantes a atteint 8,9 % du PIB, contre 1,1 % un an plus tôt. Les importations ont bondi de 16,8 % à 21,9 % du PIB, tandis que les exportations ont reculé de 18,1 % à 15,8 %. Le prix moyen du baril exporté, tombé à 69,4 dollars en 2025, est attendu à 92,6 dollars cette année. Ce rebond ramènerait le déficit courant à 1,9 % du PIB. Il ne suffirait pas, pour autant, à reconstituer le stock.

Dès 2027, avec un baril projeté à 82,4 dollars, le déficit se creuse de nouveau, et la baisse des réserves atteindrait 7,6 milliards de dollars sur la seule année 2028. Le Fonds prévient qu’à moyen terme, « des déficits extérieurs persistants réduiraient progressivement les réserves internationales ».

Les verrous d’un dinar administré

La dette extérieure, limitée à 1,1 % du PIB en 2025, ne pèse pratiquement pas sur les réserves. Leur érosion tient au commerce extérieur et au budget. Le déficit budgétaire global resterait à 9,6 % du PIB en 2026 et à 8,7 % en 2031. Il est en partie financé par la Banque d’Algérie, dont le financement direct par l’État atteindrait 5,5 % du PIB cette année. Les avoirs extérieurs nets ont reculé de 14,5 % en 2025 et continueraient de diminuer chaque année jusqu’à la fin de l’horizon de projection. Le Fonds note par ailleurs que « la prime de taux de change parallèle a augmenté », sans en préciser l’ampleur.

Pour inverser la tendance, les administrateurs recommandent une consolidation budgétaire « progressive et crédible ». Ils jugent que « la hausse des cours des hydrocarbures offre une occasion de reconstituer les marges de manœuvre budgétaires ». Ils demandent de limiter le financement monétaire à des « circonstances exceptionnelles » et préviennent que la politique monétaire « devra être resserrée si des pressions inflationnistes plus généralisées s’intensifient ».

Sur le change, le conseil estime qu’une plus grande flexibilité du taux de change « renforcerait la capacité de l’économie à absorber les chocs extérieurs et contribuerait à réduire la prime de change sur le marché parallèle ». Ces orientations reprennent celles formulées en juillet par la mission menée à Alger du 16 au 30 juin par Charalambos Tsangarides.

En 2023, les réserves de l’Algérie s’élevaient à 70,6 milliards de dollars et couvraient 15,6 mois d’importations. La prochaine consultation du FMI, prévue selon le cycle habituel de douze mois, permettra de mesurer si la loi de finances 2027 aura commencé à corriger cette trajectoire.

ÉTIQUETTES :
Partager cet article