Un euro vaut 152 dinars à la banque, contre environ 277 dinars sur le marché parallèle. C’est cet écart que le Fonds monétaire international veut réduire. Dans son évaluation annuelle de l’économie algérienne, rendue publique le 21 septembre, l’institution recommande « une plus grande flexibilité » du taux de change. Il ne s’agit pas de laisser le dinar flotter librement du jour au lendemain. Aujourd’hui, sa valeur officielle est fixée quotidiennement par une décision administrative de la Banque d’Algérie. Le FMI souhaite qu’elle reflète plus fidèlement l’offre et la demande réelles de devises.
Le Fonds insiste parce que le coussin de sécurité du pays s’effondre. Les réserves de change sont passées de 68,9 milliards de dollars en 2024 à environ 51 milliards de dollars en 2025. Si rien ne change, elles tomberont à 19,8 milliards en 2031, de quoi couvrir à peine plus de trois mois d’achats à l’étranger, contre onze mois en 2024.
Deux prix pour une même monnaie
Pour Abdelrahmi Bessaha, ancien conseiller au FMI, qui a commenté le rapport dans une note publiée sur son site économie-algerie, « un écart voisin de 80 % entre les deux marchés ne peut plus être considéré comme une distorsion marginale ». Selon lui, « il affaiblit le rôle du taux de change officiel en tant que signal économique ». Autrement dit, le prix affiché par la banque centrale ne reflète plus la valeur réelle du dinar.
Omar Berkouk, interrogé par Maghreb Émergent, va plus loin. « Le taux officiel est aujourd’hui maintenu artificiellement élevé par le contrôle administratif des changes », affirme-t-il. S’il était libéré sans préparation, le dinar officiel perdrait de sa valeur. « La convergence se ferait très probablement vers le bas, c’est-à-dire vers un niveau proche du taux parallèle actuel, et non vers une réappréciation. » En clair, c’est le cours bancaire qui rejoindrait le marché noir, et non l’inverse.
L’économiste refuse, pour autant, de considérer le marché parallèle comme le « vrai » prix du dinar. Ce marché, rappelle-t-il, reste « étroit (billets, tourisme, petites transactions) ». La juste valeur de la monnaie se situerait, selon lui, « vraisemblablement entre les deux cours, mais nettement plus proche du cours parallèle que de l’officiel actuel ».
« Laisser le taux respirer »
Les deux économistes écartent tout basculement brutal. « La recommandation du FMI ne prescrit pas une convertibilité totale et immédiate, mais un mouvement progressif vers davantage de flexibilité », souligne Omar Berkouk. Il cite l’exemple du Maroc, qui a autorisé son dirham à varier dans une marge de 2,5 % en 2018, puis de 5 % en 2020, tout en gardant la main sur les sorties de capitaux. Un tel système, dit-il, « laisse le taux “respirer” et absorber une partie du choc ». Encore faut-il un vrai marché où les banques puissent échanger des devises. En Algérie, observe-t-il, ce marché est « aujourd’hui quasi inexistant » et tout passe par la Banque d’Algérie.
De son côté, Abdelrahmi Bessaha prévient qu’agir uniquement sur le taux ne suffira pas. « La réduction de la prime parallèle ne peut être obtenue par une mesure isolée sur le taux de change », écrit-il. Il faudra aussi, selon lui, remettre de l’ordre dans le budget de l’État et rendre les devises réellement disponibles au guichet officiel.
Cette prudence tient aussi au fait qu’un ajustement mal préparé ferait peser sur les ménages. Un dinar plus faible renchérirait aussitôt les produits importés, comme l’« alimentation, les médicaments, les intrants industriels » cités par Omar Berkouk. L’effet frapperait d’abord, selon lui, « les ménages à revenu fixe ». Pour faire passer la réforme, il juge indispensables « des filets sociaux ciblés », c’est-à-dire des aides versées directement aux familles modestes plutôt que des subventions accordées à tous. L’autre voie, prévient-il, serait de subir l’ajustement « sous la contrainte d’une nouvelle crise de réserves ».
C’est aussi l’avertissement d’Abdelrahmi Bessaha, pour qui la hausse des recettes pétrolières de 2026 offre un répit à ne pas gaspiller. « Plus ces ajustements seront différés, plus leur coût économique et social risque d’être élevé. »


