La Banque de développement local (BDL), le Crédit populaire d’Algérie (CPA) et Al Salam Bank arrivent en tête du classement de la transparence établi par ABIX. Cet index du secteur bancaire a été conçu par Rachid Sekak, en collaboration avec l’informaticien Tadjeddine Bachir, président du cabinet Tadjeddine & Partners. L’étude compte 140 pages et s’accompagne d’une plateforme interactive en ligne. Elle suit les vingt et une banques de la place à travers une centaine d’indicateurs, de 2021 à 2025.
Pour évaluer la transparence, les auteurs ont retenu trois critères. Le premier est la mise en ligne des états financiers, c’est-à-dire le bilan et le compte de résultat. Le deuxième est la publication d’un rapport d’activité, et le troisième, la rapidité de ces publications. Rachid Sekak qualifie lui-même la méthode de « bricolage intelligent ».
Le classement recoupe la cote de la Bourse d’Alger. Le CPA y est entré en 2024 et la BDL en mars 2025, devenant la deuxième banque publique cotée après l’ouverture de 30 % de son capital. Une banque cotée a des actionnaires privés à informer. Les deux établissements pèsent aujourd’hui pour près de 90 % de la capitalisation de la place algéroise.
Depuis leur introduction en bourse, obtenir leurs bilans et leurs rapports « est devenu très facile », constate Rachid Sekak. L’ancien banquier en fait un modèle. Si toutes les banques du pays publiaient des rapports d’activité comme ceux de la BDL et du CPA, « ce serait le bonheur », dit-il.
Des pertes que l’étude ne peut pas chiffrer
Pour le reste de la place, la collecte des données a été inégale, avec des banques difficiles à documenter et d’autres beaucoup plus accessibles. Le manque le plus lourd porte sur les mauvaises créances. Les auteurs n’ont eu accès ni au stock de créances non performantes, c’est-à-dire les prêts que les emprunteurs ne remboursent plus, ni au taux de provisionnement. Ce taux indique la part de ces pertes que la banque a déjà prise en charge en mettant de l’argent de côté. Sans ces deux chiffres, impossible de savoir ce qu’il reste à couvrir et de le rapporter aux fonds propres de chaque banque, explique Rachid Sekak.
ABIX se rabat donc sur les provisions passées chaque année, un indicateur de flux qui donne selon lui « une bonne idée du coût du risque ». L’ancien dirigeant connaît ce manque de l’intérieur. À la tête d’une banque, il cherchait des points de comparaison pour définir une stratégie ou suivre ses résultats. « On était perdu, on n’avait pas les données », raconte-t-il. Il a commencé à rassembler ces chiffres seul, à partir de 2019. En avril, une monographie de l’expert avait déjà mis en garde contre le poids des titres publics dans les bilans bancaires.
Interrogé sur le rôle de la Banque d’Algérie, l’ancien banquier rejoint l’avis de son interlocuteur, Ihsane El Kadi. « Je pense que le régulateur devrait un peu durcir ce qu’on appelle les normes de disclosure, c’est-à-dire obliger les banques à publier leurs états financiers et leur rapport d’activité sur leur site internet », estime-t-il. Son premier argument concerne le client. Celui qui dépose son argent dans une banque doit pouvoir savoir dans quel état elle se trouve. Ce plaidoyer pour davantage de transparence intervient quelques semaines après une note du 10 août, dans laquelle la Banque d’Algérie presse les banques d’élargir l’accès au crédit.
Noter les banques, le projet suivant
Les deux auteurs voient plus loin. Ils veulent attribuer une note à chaque banque de la place, à la manière des agences de notation internationales. « C’est notre rêve », reconnaît Rachid Sekak, qui y voit l’aboutissement de leur travail. Rien dans la législation ne s’y oppose, selon lui.
Le projet reste toutefois suspendu à ce que les banques acceptent de publier. « On dépend totalement de la transparence des banques, notamment en ce qui concerne le coût du risque », rappelle-t-il. Une note attribuée sans connaître le volume réel des créances douteuses resterait fragile.
Plusieurs banques se sont déjà abonnées à la plateforme, affirme Rachid Sekak, sans en citer. Elles l’utilisent pour réfléchir de manière stratégique et suivre leurs propres performances. Avec Tadjeddine Bachir, il prépare une version réduite de l’étude, accessible gratuitement aux étudiants et aux chercheurs.


