Le texte s’ouvre sur un mot de solidarité et l’Algérie y réaffirme son soutien constant aux pays frères et amis de la région, éprouvés par les événements. Vient ensuite le diagnostic. Le conflit constitue un choc de grande ampleur, de nature exceptionnelle, dont les effets varient d’un pays à l’autre. À court terme, certains exportateurs d’hydrocarbures profitent de la hausse des cours du pétrole et du gaz. D’autres, dont l’accès aux voies maritimes reste entravé, voient fondre leurs recettes nettes d’exportation. Quant aux importateurs d’énergie, ils encaissent le choc plus directement, entre tensions sur les prix et besoins croissants de soutien budgétaire.
Ces déséquilibres inquiètent d’autant plus que le risque dépasse la région. La crise peut peser sur la croissance régionale, voire mondiale, par ses effets sur l’offre, la demande et la confiance. Face à ce tableau, l’Algérie revendique une position à part, car sa production d’hydrocarbures et ses infrastructures d’exportation ne dépendent pas des passages maritimes touchés par la guerre. Alger affirme pouvoir ainsi répondre aux besoins d’approvisionnement de ses partenaires commerciaux.
L’argument tient à la géographie. À Ormuz, les volumes de brut et de liquides pétroliers sont tombés à 4,9 millions de barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre 21,6 millions fin 2025, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie. La Banque mondiale a d’ailleurs relevé à 3,4 % la prévision de croissance de l’Algérie pour 2026, quand le Golfe décroche.
Le FMI projette 46,5 milliards de dollars de réserves en 2026
Cette situation favorable a toutefois ses limites, et c’est sur ce point que le texte se fait le plus net. Les exportateurs d’énergie devraient mener une politique budgétaire prudente et contracyclique, pour que les gains temporaires ne soient pas traités comme des ressources permanentes. Le conseil prend du relief lorsqu’on le rapproche du diagnostic du FMI sur l’économie algérienne.
À l’issue des consultations de l’article IV, le Fonds prévoit 3,8 % de croissance en 2026, avec un prix unitaire du brut à l’exportation attendu à 92,6 dollars, contre 69,4 en 2025. Mais le déficit budgétaire, ramené à 10,5 % du PIB en 2025, resterait à 9,6 % cette année, et le financement de l’État par la Banque d’Algérie passerait de 3,7 % à 5,5 % du PIB.
Dans le même temps, les réserves de change, de 68,9 milliards de dollars en 2024, sont estimées à 51 milliards en 2025 puis à 46,5 milliards en 2026. La loi de finances 2026 a, de son côté, relevé de 10 à 20 % des recettes budgétaires le plafond de l’avance de la Banque d’Algérie au Trésor. Le FMI appelle donc à un ajustement budgétaire important.
Si la prudence vaut pour les exportateurs, la déclaration la décline aussi pour les importateurs, selon la marge dont ils disposent. Ceux qui ont de l’espace budgétaire peuvent recourir à des mesures de soutien ciblées, afin de contenir l’inflation sans entamer leurs équilibres financiers. Les autres doivent placer la stabilité macroéconomique au premier rang et réserver leurs ressources à la protection des catégories les plus fragiles.
C’est à ce titre que la Banque d’Algérie se tourne vers le Fonds, auquel elle demande des mécanismes de financement très flexibles, pour alléger sans délai la pression sur la balance des paiements des économies les plus touchées, et une assistance renforcée en politique fiscale, pour aider les États à mieux mobiliser leurs ressources internes et à rétablir la soutenabilité de leur dette.
L’appel vaut aussi pour Alger, dont les marges se sont érodées. Les projections du FMI ramènent les réserves algériennes à 33,4 milliards de dollars en 2028, puis à 19,8 milliards en 2031, soit 3,3 mois d’importations contre 11,1 en 2024. Le Fonds voit dans l’embellie pétrolière l’occasion de reconstituer des marges de sécurité.



