Croissance 2026 : la Banque mondiale relève l’Algérie à 3,4 % quand le Golfe tombe en récession

La note de conjoncture MENAAP du 25 juin abaisse la prévision régionale à 0,7 % et fait passer le Golfe sous zéro. Deux exportateurs d'hydrocarbures seulement échappent au coup de rabot. L'Algérie est l'un d'eux.

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Le siège de la Banque mondiale à Washington. Dans sa note de conjoncture du 25 juin, la Banque mondiale place l'Algérie parmi les rares exportateurs d'énergie épargnés par le décrochage régional. (DR)

Le 22 juin, quatre méthaniers qatariens sont entrés dans le détroit d’Ormuz. À vide. Ils allaient chercher à Ras Laffan le gaz que la fermeture du passage retenait depuis fin février, premier signe tangible de la détente ouverte par le mémorandum entre Washington et Téhéran. Trois jours plus tard, la Banque mondiale publiait sa note de conjoncture mensuelle sur la région MENAAP (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan, Pakistan). On y lit le prix de ces quatre mois de blocus. Et une anomalie.

Le bilan d’abord. La croissance régionale attendue pour 2026 est ramenée à 0,7 %, après une coupe de 2,9 points en un an. Le Golfe, pris ensemble, se contracte désormais de 0,3 %, du jamais-vu pour ce bloc en temps de baril cher. Le Qatar plonge de 9,5 %, le Koweït de 4,6 %, l’Irak de 4,7 %. Les économistes du MAPCE, l’unité de la Banque qui signe le document, n’habillent pas leur diagnostic. Le conflit du printemps a fermé un détroit par où transitaient un cinquième du pétrole et un quart du GNL mondiaux, et les producteurs du Golfe ont perdu leur exutoire.

L’anomalie ensuite. Dans le sous-groupe des exportateurs d’énergie, une ligne monte quand toutes descendent. L’Algérie, créditée de 3,4 % pour 2026, gagne 0,7 point par rapport aux prévisions d’il y a un an. Seule la Libye, en rebond mécanique après ses arrêts de production, partage ce privilège.

Croissance du PIB réel prévue par la Banque mondiale, en %, exportateurs d’énergie de la région MENAAP

Prévision 2026 Prévision 2027
-10
-5
0
+5
+10
+3,4 +3,0
+2,1 +3,0
+2,0 +5,3
-0,2 +6,9
-2,0 +5,2
-3,1 +2,5
-4,6 +7,8
-4,7 +11,4
-9,5 +8,8
AlgérieOmanArabie S.ÉmiratsBahreïnIranKoweïtIrakQatar

Source : Banque mondiale, note de conjoncture MENAAP, 25 juin 2026.  Infographie Maghreb Émergent

Deux tubes sous la Méditerranée

L’explication tient à la carte, et Alger n’y est pour rien. Le gaz algérien rejoint l’Europe par le Transmed vers l’Italie et le Medgaz vers l’Espagne, deux gazoducs hors de toute dépendance au détroit. Pendant que les méthaniers qatariens restaient à quai, Sonatrach a continué de livrer Rome et Madrid sans une heure d’interruption. Deuxième fournisseur de gaz par gazoduc de l’Union avant la crise, le pays a vu la valeur de cette position changer du tout au tout sans que sa part, elle, ait bougé.

Le pétrole a joué sa partition. Le démantèlement progressif des coupes de l’OPEP+ a rendu à Sonatrach des parts de production gelées depuis trois ans, au moment précis où les barils du Golfe manquaient au marché. Des volumes retrouvés, des prix de crise, des routes intactes. La prévision de la Banque mondiale ne fait qu’enregistrer cette conjonction.

Elle enregistre aussi, en creux, sa fragilité. Le Brent a rendu 17,8 % depuis le 8 juin pour finir à 77,52 dollars le 22, et les contrats à échéance fin 2027 s’échangent autour de 71,90 dollars. Le marché, autrement dit, ne croit plus à la prime de guerre. Le gaz européen suit la même pente, en repli de 17,6 % sur le mois. QatarEnergy promet un retour à pleine capacité sous un mois, les Émirats ont rouvert leurs ports aux navires iraniens. On savait depuis mars que la parenthèse aurait une durée de vie courte, celle du choc, pas davantage.

Un dinar qui ne bouge pas, une Bourse qui monte

Le même document offre à l’Algérie un second motif de satisfaction, à manier avec des pincettes. Quand le rial iranien perd 97 % en un an et que la livre égyptienne rebondit après ses secousses, le dinar cède 0,3 % sur le mois. L’inflation est repassée sous les 5 % en avril. Et l’indice Dzair de la place d’Alger signe l’une des meilleures performances régionales du mois, à 6,4 %.

La réserve s’impose d’elle-même. Le dinar doit sa stabilité à son régime administré plus qu’aux flux de marché, et la Bourse d’Alger reste un marché à bout de bras, où le seul Crédit Populaire d’Algérie porte plus de la moitié de la capitalisation. Quelques transactions y font l’indice.

Reste le chiffre que la note glisse en ouverture et qui gâche le tableau. Sur la concentration de talents en ingénierie de l’intelligence artificielle mesurée par LinkedIn, l’Algérie occupe l’avant-dernier rang du panel étudié, devant le seul Irak. La Tunisie domine la région, le Maroc, la Jordanie et Bahreïn ont plus que triplé leur vivier entre 2016 et 2024. La progression algérienne sur huit ans est à peine perceptible. La géographie protège la rente. Elle ne forme pas d’ingénieurs.

Les prévisionnistes de la Banque mondiale ont d’ailleurs déjà tourné la page. Pour 2027, ils voient la région rebondir à 5,1 %, le Golfe à 6,1 %, l’Irak à 11,4 %, à mesure qu’Ormuz retrouve son trafic. L’Algérie, elle, est créditée de 3,0 %. Le pays qui domine le classement de 2026 en occuperait, douze mois plus tard, l’une des dernières places.

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