Publié mardi sur la page Meta « Free Mourad Zeghidi », ce courrier s’appuie sur le règlement intégral de ses dettes envers l’État pour prendre le président au mot. Zeghidi affirme avoir suivi avec « une grande attention » les déclarations présidentielles du 10 juin 2026. Il souligne que l’affirmation selon laquelle « quiconque a conclu une transaction doit quitter les ténèbres de la prison » est « claire et sans ambiguïté ». Le journaliste révèle avoir conclu un accord avec le ministère des Finances dès le mois de janvier. Pourtant, il purge toujours une peine de trois ans et demi de prison, illustrant l’insécurité juridique qui entoure l’application de ce dispositif.
Du redressement fiscal à l’accusation de « blanchiment »
Selon la défense de Mourad Zeghidi, cette transaction ne constitue en rien un aveu de culpabilité pénale. L’affaire trouve son origine dans un différend portant sur des insuffisances de déclarations fiscales liées à ses revenus de chroniqueur, notamment ceux perçus à l’étranger. Selon ses avocats, une telle situation relève normalement d’un redressement fiscal assorti de pénalités. Or le dossier a été requalifié en affaire de « blanchiment d’argent », maintenant le journaliste en détention malgré le règlement des sommes réclamées au Trésor.
Instituée par décret-loi en mars 2022, la Commission nationale de conciliation pénale devait permettre à l’État de récupérer jusqu’à 30 milliards de dinars (environ 9 milliards d’euros) auprès de centaines d’hommes d’affaires en échange de l’abandon des poursuites engagées contre eux. Quatre ans plus tard, le bilan apparaît très éloigné des ambitions initiales : les recettes effectivement recouvrées ne dépasseraient pas 50 millions de dinars.
Selon une analyse publiée en juillet par le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), « cette lecture morale et personnalisée du problème s’est rapidement heurtée à la réalité », débouchant sur des « résultats marginaux ».
Un mécanisme en panne, prisonnier de sa fonction politique
Cette faible efficacité a plongé le dispositif dans une instabilité chronique. Face aux résultats financiers décevants, les responsables de la commission ont été remplacés à plusieurs reprises. Le 10 juin, Kaïs Saïed a nommé le magistrat Ali Abbès à la tête de l’institution avant de renouveler, à la fin du mois, l’ensemble de ses membres, dans l’espoir de relancer un mécanisme largement enlisé. Pour les juristes, le cas Zeghidi illustre les dérives d’un système où un contentieux fiscal peut déboucher sur une qualification criminelle. Une enquête publiée fin juin 2026 par le site indépendant Nawaat va plus loin, démontrant comment le chef de l’État a « transformé la réconciliation pénale en otage » politique. Selon Nawaat, les réformes de janvier 2024 ont soumis la validation finale des accords à l’arbitrage direct du Conseil de sécurité nationale. Ce glissement institutionnel prive la commission de sa compétence technique et transforme le dispositif en un outil de chantage permanent contre les voix critiques.
nnière de sa propre fonction politique ». Le pouvoir ne peut reconnaître son échec sans renoncer à l’une des promesses emblématiques du projet présidentiel. En maintenant une rhétorique centrée sur la lutte contre les « corrompus », le régime diffère, selon le CRLDHT, le débat sur les causes profondes de la crise tunisienne : l’effondrement de l’investissement, la paralysie administrative et l’affaiblissement de l’État de droit.
En démontrant qu’il a réglé les sommes réclamées par l’administration tout en demeurant incarcéré, Mourad Zeghidi transforme son affaire en test de crédibilité pour la « réconciliation pénale » voulue par Kaïs Saïed. Pour rappel, la justice, dont l’instrumentalisation politique est dénoncée par les organisations des droits de l’homme a condamné récemment Sihem Bensedrine à 25 ans de prison et la militante anti-raciste Saadia Mosbah à 8 ans de prison.


