Tunisie : Un quart de siècle de prison pour Sihem Bensedrine, le verdict violent de la dérive absolutiste

La justice tunisienne a tranché de nuit, infligeant une peine d'un quart de siècle de prison ferme à Sihem Bensedrine, figure emblématique du combat pour les droits de l'homme et icône de la transition démocratique issue de la révolution de 2011. Une dérive confirmée vers l’absolutisme.

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Un quart de siècle de prison pour Sihem Bensedrine, un verdict d’une violence inouïe pour assouvir la vengeance du système sécuritaire

À 75 ans, l’ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité se voit terrassée par un verdict d’une violence inouïe rendu par la chambre criminelle de Tunis, qui l’assortit d’une amende astronomique de plus de 1,7 milliard de dinars.

Cette condamnation sans précédent, cumulée à travers deux dossiers distincts liés à sa gestion de la justice transitionnelle, fait basculer la Tunisie un peu plus profondément dans l’arbitraire et confirme la mise au pas définitive de son appareil judiciaire.


Derrière les paravents juridiques de ce procès, l’accusation de falsification du rapport final de l’IVD apparaît comme le prétexte technique d’une exécution politique.

En reprochant à Sihem Bensedrine d’avoir inséré un paragraphe dénonçant la corruption de la Banque franco-tunisienne, le pouvoir actuel inverse cyniquement les rôles, transformant celle qui a traqué les dérives de l’État pendant quatre ans en une criminelle financière.


Le véritable crime de la militante est en réalité d’avoir orchestré la mémoire de la répression en rassemblant plus de 60 000 plaintes et en indexant les exactions des régimes de Habib Bourguiba et de Zine El-Abidine Ben Ali.


La revanche du système sécuritaire


Ce verdict de vingt-cinq ans de réclusion, qui s’apparente à une condamnation à mort pour une septuagénaire à la santé éprouvée par une récente grève de la faim, signe la revanche définitive de l’ancien système sécuritaire.

Les structures étatiques qui s’étaient braquées face aux demandes d’accès aux archives nationales et au ministère de l’Intérieur ont aujourd’hui repris le contrôle total de l’appareil d’État sous la présidence de Kaïs Saïed.


En criminalisant le travail de l’IVD, le régime ne cherche pas seulement à punir une femme indomptable, mais à effacer des décennies de violations des droits humains des tablettes de l’histoire pour instaurer une impunité perpétuelle.


Dérive absolutiste


Cette dérive absolutiste consacre l’effondrement de l’indépendance de la justice en Tunisie, désormais réduite à une fonction de chambre d’enregistrement et d’arme de destruction de la dissidence. Les tribunaux, vidés de leur substance arbitrale, servent à saturer l’opinion publique de soupçons pour disqualifier moralement les figures de proue de la société civile.


En s’attaquant à Sihem Bensedrine avec une telle fureur, le pouvoir envoie un avertissement glacial à ce qu’il reste de voix critiques dans le pays. Il confirme que l’autoritarisme contemporain tunisien a franchi un cap de brutalité systémique que ses prédécesseurs dictatoriaux n’osaient pas assumer, troquant l’idéal de justice contre la terreur d’État.

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