Le verdict suscite une vive indignation parmi les défenseurs des droits humains, qui dénoncent une instrumentalisation flagrante de la justice. Amnesty International a fustigé une « accusation criminelle fictive », y voyant une manœuvre consternante pour intimider et réduire au silence la société civile tunisienne.
L’organisation s’inquiète également d’agressions physiques subies par la militante en détention. Son avocate, Me Hayet Jazzar, a défendu son innocence et a affirmé à l’audience que ce dossier a été entièrement « déclenché par un discours de haine » et une campagne de dénigrement raciste coordonnée sur les réseaux sociaux avant son arrestation en mai 2024.
Ce procès, comme beaucoup d’autres, s’inscrit dans un tournant autoritaire initié par le président Kaïs Saïed en 2021. Ce virage cible directement les ONG d’aide aux migrants après des déclarations présidentielles controversées sur la démographie du pays.
Une pionnière face au déni du racisme
Née à Tunis, Saadia Mosbah commence sa carrière professionnelle en tant qu’hôtesse de l’air puis cheffe de cabine pour la compagnie nationale Tunisair. Confrontée au quotidien à un racisme structurel et aux discriminations en raison de sa couleur de peau, elle refuse le silence historique de la société tunisienne sur cette question. Elle finit par quitter le secteur aérien pour se consacrer pleinement à l’activisme social. Elle décide alors de mener le combat sur le terrain culturel et juridique afin de faire reconnaître l’identité plurielle et afro-descendante de la Tunisie.
Au lendemain de la révolution tunisienne, elle cofonde l’association Mnemty (« Mon rêve ») qui se donne pour mission de briser le tabou du racisme, de documenter les violences faites aux Tunisiens noirs et d’accompagner juridiquement les migrants subsahariens. Un engagement décisif couronné par l’adoption par le Parlement de la loi d’octobre 2018 criminalisant les discriminations raciales. Une législation pionnière qui fait de la Tunisie le premier pays du monde arabe à se doter d’un tel arsenal juridique. Jusqu’à son arrestation, elle restait l’un des ultimes remparts de la société civile face à la résurgence des discours xénophobes.

