Exportation des dattes : les nouvelles règles qui divisent les agriculteurs en Algérie

À quelques semaines de la prochaine campagne de récolte, les producteurs de dattes font face à une nouvelle réglementation sur les exportations. Le ministère du Commerce extérieur a fixé des prix de référence obligatoires pour chaque variété afin de lutter contre la sous-facturation. Une mesure qui suscite déjà des interrogations chez plusieurs agriculteurs.

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Après une récolte exceptionnelle, l'exportation reste un levier essentiel pour écouler les dattes algériennes.

Jamais, ou presque, les palmeraies algériennes n’avaient produit autant de dattes. La dernière campagne s’est distinguée par une récolte exceptionnelle dans plusieurs régions du Sud. Mais cette abondance n’a pas été synonyme de bonnes affaires pour les producteurs.

Des mois après la récolte, d’importantes quantités de dattes restent encore stockées dans les chambres froides. La demande locale n’a pas suffi à absorber les volumes disponibles et les exportations n’ont pas permis d’écouler toute la production. Résultat, de nombreux agriculteurs abordent la prochaine saison avec des stocks encore importants.

Cette situation intervient quelques semaines après les déclarations du président de la République sur la sous-facturation de certains produits exportés. Lors du Conseil des ministres de mai dernier, le chef de l’État avait dénoncé ces pratiques qui privent le pays d’une partie de ses recettes en devises, annonçant un renforcement des contrôles sur plusieurs filières, dont celle des dattes.

Des prix désormais fixés entre 0,80 et 2,50 dollars le kilo

À partir du 1er juillet 2026, chaque exportateur de dattes devra respecter des prix de référence fixés par le ministère du Commerce extérieur. La décision a été notifiée à l’Association nationale des exportateurs algériens (ANEXAL).

L’objectif affiché est de mieux encadrer les exportations, protéger la valeur du produit algérien sur les marchés internationaux et mettre fin aux pratiques de sous-facturation dénoncées ces derniers mois. Selon le document officiel, les prix de référence varient selon la variété et la qualité des dattes. Ils sont compris entre 0,80 dollar et 2,50 dollars le kilogramme.

Concrètement, les exportateurs ne pourront plus établir des factures en dessous de ces seuils. Chaque facture devra préciser la sous-position tarifaire douanière ainsi que la variété exacte des dattes commercialisées. Le ministère estime que cette mesure permettra de préserver la valeur réelle des dattes algériennes sur les marchés étrangers tout en garantissant un meilleur rapatriement des recettes en devises.

Trois étapes obligatoires avant de pouvoir exporter les dattes

La nouvelle procédure ne se limite pas à la fixation de prix de référence. Le ministère du Commerce extérieur détaille également un parcours en trois étapes que devront désormais respecter tous les exportateurs.

La première concerne la facture et la domiciliation bancaire. Chaque opérateur devra mentionner la position tarifaire douanière, la variété de dattes exportée ainsi que le prix unitaire correspondant au minimum fixé par les autorités. Avant de valider l’opération, la banque vérifiera que tous les documents sont conformes. Toute facture affichant un prix inférieur au tarif de référence sera rejetée.

La deuxième étape relève des services phytosanitaires du ministère de l’Agriculture. Lors de la délivrance du certificat phytosanitaire, les agents devront contrôler la variété et la qualité des dattes destinées à l’exportation. Les informations devront correspondre exactement à celles figurant sur la facture.

Enfin, la troisième étape intervient au niveau des Douanes. Les services douaniers vérifieront la valeur déclarée de la marchandise en se référant aux prix de référence fixés par le ministère. Ils s’assureront également que la variété de dattes déclarée correspond bien au certificat phytosanitaire.

« Cette note risque de bloquer davantage les exportations », alertent des producteurs

Sur le terrain, cette décision ne fait pas l’unanimité. À Biskra, plusieurs producteurs reconnaissent la nécessité de lutter contre la sous-facturation, mais estiment que le calendrier choisi intervient au pire moment.

Contacté par Maghreb Émergent, un agriculteur de la région explique que le marché traverse une crise depuis plusieurs mois. « Depuis le mois d’octobre, le marché n’a jamais retrouvé son équilibre. L’offre dépasse largement la demande et beaucoup refusent de vendre à perte. Certaines variétés, comme la Deglet Nour, coûtent très cher à produire. Depuis des mois, nous attendions une réaction des autorités pour faciliter les exportations, car la demande locale est loin d’absorber toute la récolte. Aujourd’hui, à quelques semaines de la nouvelle campagne, cette note risque, selon moi, de bloquer davantage les exportations et le marché local », témoigne-t-il.

Pour de nombreux producteurs, la priorité reste l’écoulement des stocks encore disponibles avant l’arrivée de la prochaine récolte. Plusieurs chambres froides conservent toujours d’importantes quantités de dattes récoltées l’an dernier.

Après une récolte exceptionnelle et un marché marqué par une forte baisse des prix, les producteurs abordent la prochaine campagne avec prudence. Beaucoup espèrent que les exportations retrouveront rapidement leur rythme afin de libérer les stocks encore disponibles. Si les nouvelles mesures parviennent à mieux valoriser les dattes algériennes sans freiner les expéditions, elles pourraient contribuer à rééquilibrer le marché lors de la prochaine récolte.

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