Le 24 juin, l’Algérie a déposé auprès du secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques sa nouvelle Contribution déterminée au niveau national (CDN), dix ans après la première mouture de 2015, jamais révisée depuis malgré l’obligation quinquennale fixée par l’Accord de Paris.
Cinq jours plus tard, la délégation de l’Union européenne à Alger et la coopération allemande GIZ publiaient un communiqué chaleureux, saluant « une étape majeure » dans la mise en œuvre des engagements algériens. Pas un mot de tout cela dans le communiqué de Bruxelles. Le texte qu’elle applaudit contient pourtant, entre les lignes, une pique à peine voilée contre son propre dispositif frontalier.
« Des mesures unilatérales »
Le passage figure dans la section consacrée à la vision algérienne de la coopération internationale. L’Algérie y appelle à « une solidarité internationale renforcée » et à « une action concertée loin des mesures unilatérales de nature à altérer les fondements du régime climatique international ».
Plus loin, dans l’annexe technique adressée à la CCNUCC, le ton se durcit encore. Le texte évoque « l’impact de certaines mesures commerciales unilatérales liées au climat introduites par certains pays », qui « constituent un frein à la politique de diversification économique poursuivie par l’Algérie » et « entravent l’atteinte des objectifs climatiques plus ambitieux compte tenu du fardeau financier supplémentaire sur l’économie ».
Aucun nom n’est cité. Mais l’identification ne fait guère de doute. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), entré en application commerciale en 2026, taxe les importations de produits à forte intensité carbone, ciment, acier, engrais, aluminium, en fonction des émissions générées lors de leur fabrication. Or ce sont précisément ces filières que l’Algérie cite parmi ses priorités de diversification hors hydrocarbures.
Les engrais azotés, portés par le gaz naturel bon marché, représentaient une bonne part des cinq milliards de dollars d’exportations non pétrolières enregistrées en 2023, un secteur déjà fragilisé cette année-là par la baisse des prix internationaux, précise le document lui-même.
Bruxelles félicite un texte qui la vise
L’ironie n’a semble-t-il pas été perçue à Bruxelles, du moins pas publiquement. Le communiqué de la délégation européenne se limite à saluer le processus participatif et multisectoriel ayant conduit à l’élaboration de la CDN, sans un mot sur le passage qui la vise.
Lors de la cérémonie officielle organisée début août à Alger sous la présidence de la ministre de l’Environnement, Kaouther Krikou, la partie algérienne a préféré insister sur l’ambition chiffrée du texte plutôt que sur ses réserves diplomatiques.
Cette ambition, sur le papier, semble en effet avoir doublé. L’Algérie s’engage désormais à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 14 % d’ici 2035 par ses propres moyens, contre 7 % promis en 2015, et jusqu’à 31 % si les financements internationaux suivent, contre 22 % précédemment annoncés.
Le chiffre mérite toutefois d’être manié avec prudence. La réduction est calculée par rapport à un scénario tendanciel, une trajectoire hypothétique sans aucune mesure climatique, et non par rapport au niveau actuel des émissions. Concrètement, les émissions algériennes continueront donc de croître d’ici 2035, simplement moins vite qu’elles ne l’auraient fait sans ces mesures. L’horizon a par ailleurs glissé de 2030 à 2035, ce qui gonfle mécaniquement l’écart affiché avec la copie de 2015.
Vingt-quatre milliards de dollars et les marchés carbone
Reste la question du financement. La composante conditionnelle de la trajectoire, celle qui suppose un appui extérieur, est chiffrée à 24 milliards de dollars sur la période 2026-2035, dont près de dix milliards pour porter la capacité solaire et éolienne installée à 15 gigawatts.
Pour mobiliser cette somme, l’Algérie indique vouloir recourir « pleinement et volontairement » aux mécanismes de coopération prévus par l’article 6 de l’Accord de Paris, autrement dit aux marchés internationaux de crédits carbone. C’est une inflexion notable pour un pays dont l’économie reste, selon ses propres chiffres, dépendante à 90 % des hydrocarbures pour ses recettes d’exportation.
L’Algérie n’est du reste pas isolée dans sa méfiance à l’égard du mécanisme carbone européen. L’Inde, la Chine, le Brésil et l’Afrique du Sud ont, à des degrés divers, dénoncé le dispositif devant l’Organisation mondiale du commerce, y voyant une barrière protectionniste déguisée en politique climatique. Ce qui distingue le cas algérien, c’est le lieu choisi pour formuler la critique, non pas une tribune ou une déclaration ministérielle, mais le document technique même que l’Union européenne s’apprêtait à féliciter.


