Dans des communiqués rendus publics ce dimanche 11 octobre, la CGT et FO Air France se sont fermement opposées à la mise en œuvre d’une directive israélienne visant à exclure certains personnels des vols à destination de Tel-Aviv. Une mesure qui frappe de plein fouet les salariés binationaux franco-algériens de la compagnie.
Les syndicats contestent la note interne intitulée « Flash Exploitation », par laquelle la direction répercute l’exigence du ministère israélien des Transports. Cette réglementation interdit l’accès à l’espace aérien israélien à tout membre d’équipage possédant la nationalité ou la double nationalité d’un pays n’entretenant pas de relations diplomatiques avec l’État hébreu — l’Algérie figurant dans la liste des pays visés, aux côtés de la Tunisie, du Liban ou du Pakistan.
Cette instruction interdit de fait aux pilotes et personnels navigants commerciaux (PNC) originaires de ces 31 États d’assurer les liaisons vers Tel-Aviv, instaurant un tri au sein du personnel sur la base du passeport ou de l’origine.
Une violation flagrante du droit du travail
La CGT Air France rappelle que « les salarié·es d’Air France relèvent du droit français » et souligne que cette mesure constitue une violation flagrante du Code du travail et du Code pénal. Le syndicat précise que la loi proscrit « notamment les mesures discriminatoires en matière d’affectation, de conditions de travail ou de carrière fondées sur l’origine ou l’appartenance, réelle ou supposée, à une nation ».
« Si la ligne Paris-CDG–Tel-Aviv ne peut être exploitée sans écarter une partie des salariés en raison de leur nationalité, c’est l’exploitation de cette ligne qui doit être remise en cause, et non les droits des personnels concernés », avertit la CGT.
Les engagements de la compagnie en matière de lutte contre les discriminations ne doivent pas rester théoriques, insiste l’organisation : « Air France ne peut se contenter d’afficher des principes de lutte contre les discriminations : ils doivent aussi guider ses décisions et la manière dont elle traite ses salariés ». La CGT exige une « réponse claire » de la direction générale concernant les garanties apportées aux agents pour s’assurer qu’aucun salarié ne soit écarté d’une rotation ni pénalisé professionnellement.
FO : « S’ils ne veulent pas de nos collègues, alors ils n’auront pas nos avions »
De son côté, FO Air France dénonce l’attitude de la direction qui s’est « empressée de mettre en application cette directive », se plaçant dans une « position de supplétif » face aux exigences israéliennes.
« Que le ministre des Transports israélien s’imagine qu’il existe des sous-citoyens en France, c’est sa vision du monde et son affaire. Mais qu’Air France lui donne raison, au mépris du droit, c’en est une autre », s’indigne FO dans son communiqué.
« Le principe de base dans notre pays, et donc dans notre entreprise, est que tous les citoyens sont égaux. La discrimination constitue un délit », rappelle le syndicat, estimant la réaction de la direction totalement inappropriée. « Ce n’est clairement pas admissible au vu des valeurs et du droit qui sont les nôtres. S’ils ne veulent pas de nos collègues, alors ils n’auront pas nos avions. Voilà une réponse appropriée », conclut FO, qui exige le retrait immédiat de ces consignes.
Pour rappel, la direction d’Air France a proposé aux navigants concernés un dispositif de « déprogrammation volontaire et sans motif » pour les vols vers Tel-Aviv. Une réponse jugée inacceptable par les représentants du personnel, qui demandent à la compagnie de faire prévaloir le droit français sur les diktats étrangers.



