Algérie-Autriche, le grand malaise éthique est bien là

Le scénario à la fois redouté — et peut-être aussi espéré — est advenu. L’Algérie et l’Autriche se qualifient toutes les deux en 16e de finale si elles ne perdent pas leur troisième match de poule cette nuit à Kansas City. Un grand malaise est en train de monter autour de ce match depuis plusieurs jours. Il oppose deux équipes à trois points déjà acquis, qui ont un intérêt convergent. Il se déroule une fois connus tous les autres résultats. Il a le malheur d’associer deux nations, dont l’une a été le bourreau de l’autre dans le match combiné le plus scandaleux de l’histoire du football.

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Les Verts connaissent le chemin du 2e tour. Ils n’y seront pas en intrus. Raison de plus pour veiller à sauvegarder, dans les formes, l’éthique du sport à Kansas City.

« Petkovic a beau dire qu’il va entrer sur le terrain pour gagner le match et c’est tout. Ce sera peut-être vrai pour l’entame du match, quand marquer un but vaudra le risque. Mais, de ce que je connais du football, il est impossible d’imaginer qu’à zéro partout en deuxième mi-temps les deux équipes continuent à s’engager vers l’avant normalement », estime un vétéran des bancs techniques en Algérie, qui n’a pas souhaité que son nom soit cité pour une opinion pouvant choquer : « les deux équipes mettront le pied sur le ballon. Et c’est naturel. La seule question est de savoir à quel moment du match ».
Se qualifier avec 3 points, c’est quasi mort
Tous les autres scénarios possibles se sont quasiment évanouis après la clôture, la nuit dernière, des classements de neuf poules sur douze. Notamment le scénario où l’Autriche aurait pu envisager, comme un moindre mal, une défaite d’un but d’écart face à l’Algérie dans le cas où un solde de trois points et un goal-average de -2 auraient tout de même suffi pour faire partie des huit meilleurs troisièmes repêchés au second tour.
Cela reste encore possible dans une probabilité infime si, avant le match final à Kansas City, plus tôt dans la soirée, la poule L génère une défaite de deux buts d’écart de la Croatie face au Ghana et la poule K un match nul entre la RDC et l’Ouzbékistan. Autant dire qu’il faudra réfléchir hors de ce cas marginal.
Un autre scénario a pollué le narratif autour d’Algérie-Autriche et s’est également éteint. L’Autriche ne peut pas se permettre de calculer pour éviter l’Espagne en 16e de finale. D’abord parce que l’Espagne a finalement bien terminé en tête de sa poule après avoir battu, hier soir, l’Uruguay — éliminée. Ensuite parce que pour ne pas finir deuxième de sa poule et éviter l’Espagne, l’Autriche devrait perdre face à l’Algérie, et la défaite est désormais éliminatoire, sauf dans la probabilité minime citée plus haut.
Le préalable discret d’Australie-Paraguay
Deux nations se sont retrouvées jeudi dernier dans la même situation que celle du match qui oppose cette nuit l’Algérie à l’Autriche. Dans le groupe D, le Paraguay et l’Australie se sont affrontés en match de clôture de leur poule avec trois points chacun et l’objectif de ne pas perdre.
Le point du match nul donnait de très fortes garanties de qualification pour les deux nations, avec l’Australie au 2e rang et le Paraguay parmi les meilleurs troisièmes, en dépit d’un goal-average de -2 mais avec 4 points. Le match s’est terminé, comme anticipé par les bookmakers, sur un nul vierge.
Les deux équipes n’ont cependant pas vraiment calculé au sens où elles auraient refusé l’engagement dans le camp adverse. Le Paraguay a longtemps cherché à marquer afin de sécuriser sa position et d’éviter l’Allemagne, qui lui était promise en cas de 3e place. Les options de grande prudence en bloc bas compact étaient toutefois nettes, et le score final sans but est le fruit d’un verrouillage tactique assumé.
Un vrai match de 75 minutes ?
À quoi va ressembler Algérie-Autriche cette nuit ? Sans doute pas à RFA-Autriche de Gijón 1982. Moralement impossible. Sans compter que la RFA avait d’abord marqué un but — dès la huitième minute — avant que le match ne s’arrête progressivement.
Cette nuit, ni l’Autriche ni, encore moins, l’Algérie qui a un plus mauvais goal-average, ne peuvent s’accommoder d’une courte défaite comme celle de 1982. Le plus probable est que les deux équipes soient, sous les regards de la planète football, obligées de s’engager a minima vers l’avant.
Si le score venait à rester vierge à l’approche du dernier quart d’heure, la peur du contre assassin deviendra forcément plus paralysante et les consignes conservatrices plus fortes. Inévitable. À partir de quel seuil cela fera-t-il tache à l’écran et interpellera-t-il les autres nations en attente de faire partie des meilleurs troisièmes ? Cela restera sans doute une question d’interprétation.

En 2014, l’Algérie était également dans un scénario de troisième match de poule où un point devait suffire pour se qualifier au second tour. Mais l’adversaire russe avait impérativement besoin de gagner pour finir derrière la Belgique. Il n’y avait pas de meilleurs troisièmes à cette édition. Cela avait produit un match épique, avec une égalisation émouvante d’Islam Slimani. Les Verts connaissent le chemin du 2e tour. Ils n’y seront pas en intrus. Raison de plus pour veiller à sauvegarder, dans les formes, l’éthique du sport à Kansas City.

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