Le conseiller à la présidence de la République et ancien ministre Hamid Lounaouci est décédé ce jeudi à l’âge de 71 ans, a annoncé la présidence de la République dans un message adressé à sa famille.
« Avec sa disparition, nous perdons un des cadres réputés pour leur militantisme sur la scène politique avant d’occuper de hautes responsabilités parlementaires, ministérielles puis de conseiller à la présidence de la République », a indiqué la présidence dans un message de condoléances adressé à la famille.
Le parcours de Hamid Lounaouci restera pourtant marqué par une trajectoire pour le moins contrastée. Militant de l’opposition et défenseur des droits de l’homme à ses débuts, il a progressivement rejoint les arcanes du pouvoir, jusqu’à occuper, ces dernières années, un poste de conseiller auprès du président Abdelmadjid Tebboune.
Du FFS au RCD
Membre fondateur de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, Hamid Lounaouci avait fait ses premières armes politiques au sein du Front des forces socialistes (FFS), fondé par Hocine Aït Ahmed. Il quitte le parti en 1991 pour rejoindre le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), dirigé par Saïd Sadi.
Il s’impose rapidement dans sa nouvelle formation. Élu député sous les couleurs du RCD le 5 juin 1997, il devient président du groupe parlementaire du parti à l’Assemblée populaire nationale. Son arrivée et son ascension au sein du RCD ne sont toutefois pas du goût de tous, certains militants voyant d’un œil critique la place prise par cet ancien cadre du FFS.
L’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République, en avril 1999, ouvre une nouvelle étape dans son parcours. Le RCD rejoint alors la coalition gouvernementale et désigne Hamid Lounaouci et Amara Benyounès pour intégrer le nouvel exécutif.
Le 24 décembre 1999, Lounaouci devient ministre des Transports.
C’est à ce poste qu’il va connaître l’un des épisodes les plus controversés de sa carrière. Il est accusé d’avoir refusé l’embarquement à bord d’un avion d’Air Algérie au journaliste tunisien Taoufik Ben Brik, farouche opposant au président Zine El Abidine Ben Ali.
L’épisode suscite de vives critiques dans les milieux démocratiques algériens. Pour ses détracteurs, cette décision illustre alors la volonté d’Alger de ne pas froisser le régime de Ben Ali, alors solidement installé au pouvoir à Tunis. Une décennie plus tard, en janvier 2011, le président tunisien sera finalement chassé du pouvoir par une révolte populaire.
Le Printemps noir, puis l’éloignement du RCD
Lounaouci quitte le gouvernement en 2002, à la demande du RCD, après le déclenchement du Printemps noir en Kabylie. Le parti entend ainsi protester contre la répression qui s’abat alors sur la jeunesse kabyle, faisant de nombreuses victimes.
Deux ans plus tard, il reste un cadre important du RCD et devient président de la campagne de Saïd Sadi pour l’élection présidentielle de 2004. Mais, progressivement, les relations avec sa formation se détériorisent.
Lounaouci prend ses distances avec le parti avant de le quitter officiellement en novembre 2008. Cette rupture marque le début d’une nouvelle phase de sa trajectoire politique, au cours de laquelle il s’éloigne progressivement de l’opposition et se rapproche des cercles du pouvoir.
En décembre 2011, il signe notamment une pétition en faveur du général-major à la retraite Khaled Nezzar, poursuivi alors en Suisse pour des faits de torture à la suite d’une plainte déposée par des ressortissants algériens. Cette prise de position contribue à accentuer les critiques dont il fait l’objet de la part de ses anciens camarades du RCD comme du FFS.
Du côté du pouvoir
Longtemps présenté par ses anciens partis comme s’étant éloigné des valeurs de l’opposition démocratique, Hamid Lounaouci finit par intégrer officiellement les institutions du pouvoir.
En juin 2021, il est nommé conseiller auprès du président Abdelmadjid Tebboune, chargé des organisations non gouvernementales (ONG). Une nomination qui consacre, en quelque sorte, une évolution entamée plusieurs années auparavant.
À ce poste, il reste toutefois largement en retrait de la scène publique. Son rôle de conseiller présidentiel lui vaut également des critiques de la part de certains acteurs de l’opposition et des défenseurs des droits humains, notamment sur la question des détenus d’opinion. Ses détracteurs lui reprocheront de ne pas avoir suffisamment pesé sur ce dossier, même si les prérogatives réelles attachées à sa fonction de conseiller restent limitées.
Avec sa disparition, c’est ainsi une figure au parcours politique singulier qui s’efface. Il rejoint Boualem Boualem, chef de cabinet de la présidence, décédé deux jours plutôt à Genève.


