Plus de 150 personnalités de plusieurs pays ont signé une pétition appelant à la libération d’Ahmed Néjib Chebbi ainsi que de l’ensemble des détenus politiques et d’opinion en Tunisie. Le texte, transmis par ses initiateurs, réclame également le « rétablissement des droits et libertés politiques » dans le pays.
La mobilisation intervient après la grève de la faim entamée par Ahmed Néjib Chebbi le 1er octobre dans sa cellule. L’opposant tunisien entendait protester, selon sa famille et le parti Al Joumhouri, contre les restrictions qui lui étaient imposées en prison concernant l’accès aux chaînes d’information, aux journaux et aux livres.
Le 7 octobre, Chebbi a toutefois suspendu son mouvement après une rencontre avec des représentants de l’administration pénitentiaire, rapportent plusieurs médias tunisiens. Selon sa famille, celle-ci s’est engagée, dans la limite de ses prérogatives, à garantir aux détenus l’accès à une source d’information fiable. La suspension a été décidée à titre provisoire, en attendant de vérifier la mise en œuvre de ces engagements. La famille a également indiqué que son état de santé avait nécessité plusieurs transferts à l’hôpital durant la semaine.
Une figure historique de l’opposition tunisienne
Âgé de 82 ans, Ahmed Néjib Chebbi est une figure historique de l’opposition tunisienne. Les signataires de la pétition rappellent son parcours d’opposant aux différents régimes qu’a connus le pays depuis l’indépendance.
Le texte revient notamment sur son arrestation dans le contexte des mouvements étudiants de mars 1968, sous le régime de Habib Bourguiba, ainsi que sur sa participation à la grève de la faim du 18 octobre 2005, organisée avec plusieurs personnalités politiques et de la société civile pour réclamer davantage de libertés. Les archives de la FIDH et de l’OMCT confirment la participation de Chebbi à cette mobilisation de 2005.
Les signataires établissent ainsi un parallèle entre ces différents épisodes de sa trajectoire politique et sa situation actuelle, rappelant que son parcours symbolise, une longue opposition aux restrictions des libertés publiques en Tunisie.
Ahmed Néjib Chebbi figure parmi les personnalités condamnées dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État ». Arrêté en décembre 2025, il a été condamné en appel, le 27 novembre de la même année, à douze ans de prison, après une condamnation de première instance à 18 ans.
Une mobilisation internationale
Parmi les signataires figurent des universitaires, journalistes, avocats, militants des droits humains et responsables associatifs originaires notamment de Tunisie, d’Algérie, du Maroc, de France, du Canada et d’autres pays.
Les signataires demandent que le cas de Chebbi ne soit pas considéré isolément. Leur appel porte plus largement sur la situation des opposants et des détenus d’opinion en Tunisie et réclame un rétablissement des libertés politiques et de l’État de droit.
La pétition intervient dans un contexte de durcissement judiciaire visant plusieurs figures de l’opposition tunisienne. Amnesty International a notamment dénoncé les condamnations prononcées dans l’affaire du « complot » et alerté sur les conditions de détention de certains détenus âgés, dont Ahmed Néjib Chebbi.
Ci-dessous le texte intégrale de la pétition ainsi que la liste des signataires.
« Pour la libération d’Ahmed Néjib Chebbi et de tous les détenus politiques et d’opinion.
Pour le rétablissement des droits et libertés politiques. À 82 ans, Ahmed Néjib Chebbi entame un de ses ultimes combats, mettant une fois encore sa vie en péril.
Voilà bientôt soixante ans que cet homme symbolise la résistance contre l’oppression.
Du temps de Bourguiba, il faisait partie des étudiants révoltés de mars 1968 emprisonnés pour « complot contre la sûreté de l’État ». Le complot, hier comme aujourd’hui, c’est la traduction de la revendication démocratique en langage despotique.
Du temps de Ben Ali, il sera l’une des principales figures de la grande grève de la faim du 18 octobre 2005 pour les libertés, aux côtés de l’avocat Ayachi Hammami, son compagnon d’infortune aujourd’hui, et d’autres militants, de diverses sensibilités politiques.
Cible de la vindicte du régime issu du coup de force du 25 juillet 2021, le voilà de nouveau en prison, comme tant d’autres, pour les mêmes raisons : le rêve et le combat pacifique pour les libertés. Et le voilà de nouveau en grève de la faim pour la liberté.
Le nom d’Ahmed Néjib Chebbi, doyen des démocrates de ce pays, est devenu l’emblème de la longue résistance contre tous les autoritarismes depuis l’indépendance. Le recours à la grève de la faim pour dénoncer les conditions de détention est un épisode de plus de cette résistance.
Dans la Tunisie d’aujourd’hui, tout se passe comme si la persécution permanente des opposant.e.s, en liberté provisoire ou entre quatre murs, est devenue le mode d’existence d’un règne de plus en plus ubuesque. Le recours récurrent à la grève de la faim, de la part des détenu.e.s politiques mettant les uns après les autres leurs vies en péril, apparaît comme l’ultime force des démunis.
Face à un régime qui travaille à effacer l’idée même de politique, cette arme ultime est l’affirmation de la pérennité de la lutte pour l’État de droit, la démocratie et les libertés.
Nous, signataires, appelons à la libération de Ahmed Néjib Chebbi et des détenu.e.s politiques et d’opinion, ainsi qu’au rétablissement des droits et libertés politiques en Tunisie.
Signataires
Fouad Abdelmoumni, économiste, démocrate maghrébin
Arzu Abdullayeva, prix Olof-Palme pour la paix, militante des droits humains, Azerbaïdjan
Gilbert Achcar, Emeritus Professor of Development Studies and International Relations
SOAS, University of London
Kacem Abdellatif, Maroc
Abderezak Adel, enseignant universitaire retraité
Abderrahim Afarki, défenseur maghrébin des droits humains
Ayad Ahram, défenseur des droits humains. Membre de l’ASDHOM
Ahmed Aïdani, de l’Association Colombe blanche, Maroc
Arezki Aït-Larbi, journaliste, éditeur, ancien prisonnier politique
Nadia Leïla Aïssaoui, sociologue
Sanhadja Akhrouf, féministe, militante des droits humains
Hala Alabdalla, cinéaste, réalisatrice, productrice et militante syrienne
Tewfik Allal, militant associatif de l’immigration maghrébine
Françoise Alamartine, conseillère fédérale et commission transnationale des Ecologistes.
Raja Alaoui, membre de l’Union de l’action des femmes, Maroc
Wadih Al Asmar, président du Centre libanais des droits humains
Geneviève Ancel, Co fondatrice des Dialogues en humanité
Rachad Antonius, professeur émérite de sociologie, UQAM, Canada
Fouzia Assouli, présidente d’honneur FLDF, Maroc
Etienne Balibar, ancien professeur de philosophie, Université de Paris-Nanterre
Abdenacer Banouhachem, Maroc
Brigitte Bardet-Allal, professeure de lettres classiques
Patrick Baudoin, avocat, président d’honneur de la LDH et de la FIDH
Florence Beaugé, journaliste
Alfons Bech, syndicaliste UGT de Catalogne et coordinateur du Réseau International de Solidarité avec l’Ukraine
Yagoutha Belgacem, directrice artistique
Bochra Bel Haj Hamida, avocate
Fathi Bel Haj Yahya, écrivain
Souhayr Belhassen, présidente d’honneur de la FIDH
Akram Belkaïd, journaliste
Farouk Belkeddar, militant associatif
Anthony Bellanger, secrétaire générale de la Fédération internationale des journalistes
Jean Bellanger, ancien secrétaire de l’UL CGT de Saint-Denis
Fayçal Benabdallah, président de la FTCR
Rabaa Ben Achour, universitaire
Sanaa Ben Achour, professeure des universités, militante féministe
Omar Benamar, défenseur des droits humains, Maroc
Bachir Ben Barka, universitaire retraité
Abdesslam Benbrahim, militant associatif, Maroc
Madjid Benchikh, ancien doyen de le Faculté de droit d’Alger
Monia Benjemia, universitaire, féministe
Zaïneb Ben Lagha, universitaire
Ali Bensaad, professeur des universités, Institut français de géopolitique, Paris-VIII
Olivier Besancenot, ancien candidat à l’élection présidentielle française
Sophie Bessis, historienne
Rafaelle Bollini, Associazione ricreativa culturale italiana (ARCI)
Rasmus Aleneus Boserup, directeur d’Euromed-Rights
Mostefa Bouchachi, avocat, ancien président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme
Alima Boumediene-Thiery, avocate, ancienne sénatrice
Youssef Boussoumah, militant décolonial
Houria Bouteldja, essayiste, militante politique franco-algérienne
Dylan Boutiflat, secrétaire national aux relations internationales du Parti socialiste
Ali Brahimi, juriste, ancien parlementaire
Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières
Robert Bret, ancien sénateur communiste
Françoise Brié, présidente de la CLEF
Miloud Chaouch, militant associatif
Mohamed Chaouih, président de AMF
Patrick Chemla, psychiatre et psychanalyste
Khadija Chérif, militante féministe et des droits humains
Alya Chérif Chammari, avocate, militante des droits humains
Karim Cherkaoui, Maroc
Larbi Chouikha, universitaire
Patrice Coulon, militant des droits humains
Annick Coupé, syndicaliste, altermondialiste
Thomas Coutrot, économiste
Ahmed Dahmani, économiste, militant des droits humains, Algérie
Sara Daniel, journaliste
Lucile Daumas, retraitée
Michel Debon de Beauregard, syndicaliste, ancien vice-président de Solidarité laïque
Alexis Deswaef, président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)
Monique Dental, présidente fondatrice du réseau féministe « Ruptures ».
Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche CNRS
Nacer Djabi, sociologue
Nadir Djermoune, architecte urbaniste
Moulay Ahmed Douraïdi, du Collectif marocain pour la démocratie des élections
Bernard Dreano, militant de la solidarité internationale
Françoise Duthu, militante écologiste
Dominique Eddé, écrivaine
Kacem El Basti, carrefour des initiatives, Maroc
Abderrazzak El Hannouchi, Coordinateur du Médiateur pour la démocratie et les droits de l’Homme, Maroc
Baheyeddine El Hassen, écrivain et défenseur des droits humains, Egypte
Nacer El Idrissi, président de l’Association des travailleurs maghrébins en France (ATMF)
Ihsane El Kadi, journaliste
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement (DAL)
Mireille Fanon-Mendes France, présidente de la Fondation Frantz-Fanon
Jean-Marie Fardeau, militant associatif
Patrick Farbiaz, militant politique
Raouf Farrah, politologue, Algérie
Wahid Ferchichi, professeur en droit public».

