Après trois années d’exclusion du Salon international du livre d’Alger (Sila) et des salons régionaux du livre, Koukou Éditions fera son retour à la 29e édition de cette manifestation, prévue du 28 octobre au 7 novembre 2026. La maison d’édition dirigée par Arezki Aït-Larbi a annoncé sa réintégration dans un communiqué publié ce lundi 12 octobre, dans lequel elle prend acte d’une décision de la ministre de la Culture et des Arts mettant fin, selon elle, à trois années d’arbitraire.
Dans son communiqué, Koukou Éditions exprime le souhait d’entamer avec les autorités une « relation apaisée », fondée sur le respect des lois de la République, du pluralisme éditorial et de la liberté de création. Un retour que la maison d’édition présente comme une victoire du droit après trois années de mise à l’écart.
Mais le communiqué ne se limite pas à saluer cette réintégration. La maison d’édition revient sur les conditions de son exclusion et dénonce les pratiques de la Commission de censure, dont elle critique les dérives et l’intolérance. « Les miliciens de la pensée qui ont investi la Commission de censure ont violé nos droits et discrédité l’institution au nom de laquelle ils ont lancé leurs fatwas, en toute impunité », écrit-elle.
Selon Koukou Éditions, cette mise à l’écart visait à asphyxier la maison et à réduire au silence des dizaines d’auteurs qu’elle présente comme des voix respectées de la vie intellectuelle nationale. Parmi eux figurent des universitaires, des avocats, des médecins, des journalistes et des officiers de l’Armée de libération nationale (ALN).
La maison d’édition dénonce également des tentatives visant à enfermer la production culturelle dans une idéologie extrémiste et à imposer, par la contrainte, une vision de l’histoire, de la religion et des valeurs sociétales qu’elle qualifie d’intolérantes, de sectaires et de misogynes. “En voulant enfermer la production culturelle derrière les barbelés d’une idéologie extrémiste, ces opérations illégales et clandestines tentent d’imposer par la contrainte une histoire frelatée, une religion-code pénal amputée de sa dimension spirituelle, et des ‘’valeurs’’ sociétales intolérantes, sectaires, et misogynes”, souligne le communiqué.
“Au-delà des professionnels du livre, ces pratiques délinquantes interpellent la conscience des élites qui n’ont pas renoncé à leur devoir de veille citoyenne. Car, une culture en garde-à-vue permanente est une culture en sursis. estime que ces pratiques dépassent le seul secteur de l’édition et interpellent l’ensemble des élites attachées aux libertés publiques”, avertit-elle.
Koukou Éditions assure ainsi qu’elle retrouvera le Sila sans renoncer à son indépendance intellectuelle ni à sa ligne éditoriale engagée. Elle entend poursuivre la publication des auteurs et des idées qu’elle juge nécessaires, dans le respect de la loi, tout en maintenant son exigence de liberté. Elle adresse, par ailleurs, ses remerciements à ses auteurs, à ses lecteurs et à toutes les personnes qui ont contribué à son retour au salon.
Des années de restrictions et une nouvelle controverse autour de Fatma Oussedik
L’exclusion de Koukou Éditions remonte à 2023. Depuis, la maison d’édition dirigée par Arezki Aït-Larbi s’est retrouvée au centre de plusieurs controverses liées à ses publications et aux restrictions qui lui ont été imposées. Privée de participation au Sila et aux salons régionaux du livre pendant trois ans, elle a régulièrement dénoncé des entraves à son activité éditoriale et à la liberté de création.
Le dernier épisode en date remonte au 18 avril 2026, avec l’interdiction de la vente-dédicace de l’ouvrage Les identités rebelles. Repenser sa propre histoire, de la sociologue Fatma Oussedik, publié par Koukou Éditions. La rencontre devait se tenir à la librairie des Beaux-Arts, au centre d’Alger. Selon l’éditeur et plusieurs médias, des policiers sont intervenus dans l’établissement pour saisir les exemplaires du livre. La librairie a également fait l’objet d’une fermeture administrative d’un mois.
Cette intervention est intervenue dans un contexte de controverse autour de l’ouvrage, notamment à propos de son numéro ISBN et du dépôt légal. Koukou Éditions a affirmé que l’erreur typographique sur l’ISBN avait été rectifiée et que le dépôt légal avait été effectué le 21 avril. La maison d’édition a également souligné que le livre n’avait fait l’objet d’aucune interdiction judiciaire.
Le 27 avril, Koukou Éditions a annoncé renoncer à la diffusion commerciale de l’ouvrage après l’épuisement du tirage rectifié de 200 exemplaires distribués en librairie. Cet épisode a ravivé les interrogations sur les conditions de circulation des livres et les limites imposées à la liberté éditoriale.
Avec sa réintégration au Sila, Koukou Éditions retrouve une vitrine majeure pour présenter son catalogue et rencontrer ses lecteurs. Reste à savoir si cette décision marquera un véritable changement dans ses relations avec les autorités culturelles et dans le traitement réservé aux publications jugées sensibles.



