La polémique et les péripéties qui ont entouré l’interdiction de la vente dédicace du livre de Fatma Oussedik, « Identités rebelles, repenser sa propre histoire » viennent de déboucher sur la séparation entre cette universitaire et son éditeur Koukou Éditions. Au lendemain de la sortie de la sociologue, attribuant la responsabilité de ce qui s’est produit — notamment l’absence de numéro ISBN conforme et de dépôt légal, comme pointé par la Bibliothèque nationale pour justifier l’interdiction —, les éditions Koukou ont rejeté d’un revers de main ces accusations.
Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, la maison d’édition affirme avoir « assumé la responsabilité d’une erreur commise de bonne foi », précisant que « l’erreur typographique de l’ISBN […] a été rectifiée et le dépôt légal effectué depuis le 21 avril ». Elle soutient également que l’auteure « en a été informée en temps réel » et que le livre, qui « n’a fait l’objet d’aucune interdiction légale par voie judiciaire », est bel et bien « disponible en librairie ». Koukou Éditions insiste sur sa « totale transparence » vis-à-vis des autorités et de l’opinion, dénonçant au passage un « épisode rocambolesque » et estimant que les griefs administratifs à son encontre restent « bien maigres ».
Oussedik se défend et rejette toute responsabilité
Au lendemain d’une audience que lui a accordée la ministre de la Culture, Fatma Oussedik a livré sa version des faits, se démarquant clairement de son éditeur. Elle affirme avoir simplement remis son manuscrit « comme le font tous les auteurs », assurant que les défaillances constatées sont « indépendantes de [sa] volonté ». L’universitaire explique avoir découvert en même temps que le public « que l’ISBN […] n’était pas conforme, que le dépôt légal n’avait pas été fait » et que « la séance de signature était annulée ».
Elle dit également avoir été surprise de voir son ouvrage mis en vente sur Amazon « sans [en être] informée préalablement ». Tout en réaffirmant n’avoir « aucun agenda politique », mais uniquement « des agendas scientifiques », elle insiste sur son attachement à être éditée en Algérie, malgré des propositions venues de l’étranger. Elle espère enfin que « ces problèmes techniques seront résolus » afin que son livre soit « disponible pour [ses] étudiants et [ses] lecteurs dans un délai raisonnable ».
Koukou contre-attaque et acte la séparation
La réponse de Koukou Éditions ne s’est pas fait attendre. L’éditeur accuse Fatma Oussedik d’avoir repris « des insinuations sur des “agendas politiques” », estimant que ces propos ont « rompu le contrat moral » qui liait les deux parties depuis 2022. La maison d’édition déplore une posture qui, selon elle, « évoque l’accessoire technique pour mieux occulter l’essentiel politique ».
Koukou Éditions “déplore cette inflexion qui évoque l’accessoire technique pour mieux occulter l’essentiel politique. Au-delà du livre, de son auteure et de la maison d’édition, l’irruption spectaculaire de la police dans une librairie pour empêcher une séance de signatures et fermer l’établissement vise à prohiber les espaces résiduels du libre débat dans la capitale. Comme à Bgayet en juin 2024 et à Tizi-Ouzou en décembre 2024”, note le communiqué.
Dans un contexte qu’elle juge marqué par des « atteintes récurrentes aux libertés », Koukou Éditions affirme maintenir une ligne éditoriale « engagée » et « ouverte aux plumes insoumises ».
Mais la rupture est désormais actée. L’éditeur annonce « renoncer à la diffusion et à l’exploitation commerciale » de “Identités rebelles” après l’épuisement d’un tirage rectifié de 200 exemplaires. Il précise également que les ouvrages de Fatma Oussedik seront retirés de la plateforme Amazon.
Tout en regrettant cet épilogue, Koukou Éditions conclut en souhaitant à l’auteure « de trouver, chez son prochain éditeur, des conditions de publication plus conformes à ses professions de foi nationalistes ».


