Rebondissement dans l’affaire du livre de la sociologue Fatma Oussedik, dont la vente a été interdite samedi dernier à la librairie des Beaux-Arts à Alger. Contrairement aux affirmations des éditions Koukou, éditrices de l’ouvrage, la Bibliothèque nationale a indiqué ce lundi, dans un communiqué, qu’aucune copie du livre n’a été déposée auprès de ses services, comme l’exige la loi.
« Concernant l’ouvrage publié par les éditions Koukou sous le titre : “Les identités rebelles”. Conformément à la législation en vigueur relative au dépôt légal (ordonnance n° 96-16 du 2 juillet 1996 et décret exécutif n° 99-226 du 4 octobre 1999), notamment l’article 4, alinéa c, qui stipule : “Les documents soumis au dépôt légal doivent être remis après impression et avant leur mise en circulation à la Bibliothèque nationale…”, la Bibliothèque nationale précise ce qui suit : Aucune copie de l’ouvrage n’a été déposée auprès du service du dépôt légal de la Bibliothèque nationale après impression, comme l’exigent les dispositions légales », souligne la BN dans son communiqué.
Selon cette institution, l’éditeur a utilisé un numéro ISBN appartenant à un autre ouvrage enregistré et publié en 2022.
« En conséquence, cet ouvrage n’est ni enregistré ni déposé auprès du service du dépôt légal de la Bibliothèque nationale. », conclut le texte.
Arezki Aït-Larbi conteste
Contacté par Maghreb Emergent, le directeur des éditions Koukou affirme que l’ouvrage en question a bel et bien eu l’ISBN. “C’est le même livre, je comptais déposer des exemplaires au niveau de la bibliothèque nationale hier. S’il y avait bonne foi, on m’aurait signifié que je ne peux pas vendre le livre avant son dépôt à la bibliothèque nationale. Or, la direction de celle ci ne m’a rien signifié”, assure Arezki Ait Larbi.
Dimanche, déja, Arezki Aït-Larbi avait vivement réagi dans un communiqué à l’interdiction du livre et à la fermeture de la librairie, en dénonçant des « pratiques délinquantes des agents de l’État » et une “atteinte grave aux libertés académiques et culturelles”.
« Un pas de plus vient d’être franchi dans les atteintes aux libertés académiques, à la recherche scientifique et aux droits des citoyens à la culture », a-t-il écrit.
Rappelant que l’auteur du livre, Fatma Oussedik, est professeure de sociologie dont le dernier ouvrage est le fruit de plusieurs années d’études et de recherches de terrain sur l’histoire et la sociologie de la Vallée du M’zab, Arezki Ait Larbi estime que « Les lois de la République ont été, une fois encore, violées […] ». «La Constitution est pourtant claire : “L’activité des publications (…) ne peut être interdite qu’en vertu d’une décision de justice.” », rappelle-t-il.
Pour lui, «l’arbitraire, l’outrance et le chantage reviennent brider nos illusions et nous rappeler à la triste réalité. »
Une vive polémique
Samedi dernier, des policiers ont investi la librairie des Beaux-Arts, située rue Didouche Mourad à Alger et ont procédé à la saisie des exemplaires du livre et à la fermeture de l’établissement pour une durée d’un mois.
Selon Ait Larbi, mercredi déjà «policiers en civil, fonctionnaires des impôts, de la Direction du Commerce et du ministère de la Culture se sont relayés […] pour annuler la présentation-dédicace programmée, ou s’exposer à la fermeture».
Cette affaire a rapidement suscité une large polémique sur les réseaux sociaux. De nombreux intellectuels, universitaires et acteurs du monde culturel ont dénoncé avec vigueur cette interdiction, y voyant une atteinte à la liberté d’expression et à la recherche académique.


