Délégations de signature, contrats Adidas et Concorde Voyage : qui décidait à la Fédération algérienne de football ?

Au deuxième jour du procès, les auditions de l'après-midi ont porté sur trois questions : qui décidait, qui signait, qui assumait la responsabilité des contrats et de la gestion financière de la FAF. Entre explications techniques et échanges tendus, la barre a été une plongée au cœur des rouages de la Fédération.

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Siège de la fédération algérienne de football. ©APS
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L’audience a repris avec Tiati Hajar, responsable de la trésorerie de la FAF. Elle a centré ses explications sur l’ERP, le système informatique de la Fédération, dont le fonctionnement aurait été défaillant. Le logiciel affichait des valeurs à zéro alors que les équipements concernés étaient bien là. Autre élément évoqué, les agents de la FAF avaient reçu une formation à cet outil.

Nekkache, premier détenu à la barre

Vient ensuite Nekkache, ancien directeur de l’administration générale (DAG). Premier accusé détenu à être entendu, il a été assisté d’un traducteur, ne maîtrisant pas suffisamment l’arabe pour répondre aisément à la cour.

Sur le fond, son audition a demandé de longues explications, à commencer par le dossier Adidas. Selon lui, les représentations de la FAF à Dubaï et en France ont permis de négocier directement avec la maison mère, ce qui a fait passer le contrat de 700 000 à 1,9 million de dollars.

Il est aussi revenu sur l’ERP et sur les données examinées par l’Inspection générale des finances (IGF). D’après lui, l’IGF a travaillé alors que le système n’était pas encore pleinement opérationnel. Les bilans du commissaire aux comptes et de l’expert-comptable, eux, avaient été établis à partir de l’ancien logiciel. Les écarts constatés dans le nombre de bons ont conduit à un complément d’enquête. Les chiffres ont fini par laisser place à l’émotion. « Ils ont voulu m’accuser à tort », s’est-il défendu, avec un net sentiment d’injustice.

La juge a également jugé excessifs les frais d’hôtellerie. L’ancien DAG a répondu que les apparences pouvaient être trompeuses et que la FAF faisait face à un plan de charge qui exigeait, selon lui, des moyens importants. Âgé et visiblement éprouvé au terme d’une audition dense, il a eu droit à une pause d’une heure.

Debbichi : les fonds du CHAN et la délégation de signature

À la reprise, c’est Mounir Debbichi, ancien secrétaire général sous la présidence de Djahid Zefizef, qui s’est présenté. La première question a porté sur les fonds du Championnat d’Afrique des nations (CHAN) versés sur le compte de la FAF. Il a expliqué que le ministère avait décidé de transférer les aides à la Fédération, pour 1,6 milliard, le compte dédié au CHAN n’étant pas encore prêt à les recevoir.

Un autre sujet a vite pris le dessus : la délégation de signature (« تفويض بالتوقيع ») accordée par Zefizef à son secrétaire général. La juge comme le procureur s’y sont attardés. Qui pouvait signer au nom du président, dans quel cadre, et jusqu’où allait cette délégation ? Ces questions placent les responsabilités administratives au centre des débats.

Saadi : une audition sans heurts

Le passage de Saadi a été nettement plus serein. Les questions de la juge ont été peu nombreuses, les réponses simples, et l’accusé a montré une certaine assurance. Après les longues explications qui ont précédé, l’audition a tranché par sa fluidité.

Zefizef nie « en bloc »

Premier ancien président de la FAF à passer à la barre, Zefizef a d’emblée rejeté toutes les accusations, affirmant en arabe qu’il « ينفي كل التهم جملة وتفصيلا », autrement dit qu’il nie les charges en bloc et dans leur intégralité.

Interrogé sur la délégation accordée à Debbichi, il a fait valoir qu’en tant que PDG d’un groupe, il ne pouvait pas tout gérer personnellement. Une réponse qui renvoie à la répartition des pouvoirs au sein de la Fédération : déléguer pour assurer le fonctionnement quotidien, certes, mais avec quelles limites et quelles responsabilités ?

Concorde Voyage : versions contradictoires

Le contrat conclu avec Concorde Voyage a été l’autre temps fort. Zefizef a affirmé ne l’avoir jamais vu avant ce jour et en ignorer le contenu. Debbichi a réagi en évoquant une réunion à laquelle participaient notamment Djamel Belmadi, Bouguerra et Zefizef.

L’échange s’est alors tendu. Zefizef a dénoncé une déclaration mensongère devant la cour : « تصريح كاذب أمام هيئة موقرة ». Dans la salle, certains commentaires laissaient entendre que les relations entre les deux anciens responsables n’étaient pas au beau fixe. Au-delà des mots, la séquence a mis en évidence des versions divergentes sur les réunions, les contrats et le fonctionnement de la Fédération.

Des questions qui reviennent

D’une audition à l’autre, les mêmes thèmes sont revenus : les relations avec le président de la FAF, le contrat Adidas, celui de Concorde Voyage, les dépenses d’hôtellerie et, plus largement, les ressources de la Fédération. Sur ce dernier point, les réponses ont été récurrentes : sponsoring, FIFA et CAF, trois sources de financement citées à répétition, tandis que la cour cherchait à comprendre les mécanismes de gestion et la part de chacun.

Zetchi et Charaf-Eddine attendus ce jeudi

La juge a levé l’audience vers 18 h 30 et fixé la reprise à ce jeudi 15 octobre. Deux anciens présidents de la FAF, Kheireddine Zetchi et Amara Charaf-Eddine, doivent être entendus. Considérés comme les figures les plus en vue parmi les accusés, ils devraient apporter un nouvel éclairage sur les dossiers examinés et sur le fonctionnement de l’instance pendant leurs mandats. La partie civile doit suivre.

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