La formation d’une nouvelle majorité au Maroc écarte le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirigeait le gouvernement sortant. Les tensions entre les anciens alliés, le bilan de la précédente coalition et la volonté montrée de renouvellement politique figurent parmi les explications avancées par la presse et les analystes.
Le paysage politique marocain connaît une recomposition à la suite des élections législatives du 23 septembre 2026. Le Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête du scrutin, a annoncé, le 12 octobre, la constitution d’une majorité avec l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Cette coalition dispose de 207 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI), dirigé par Aziz Akhannouch durant la précédente législature, ne figure pas dans cette alliance, alors qu’il avait gouverné aux côtés du PAM et de l’Istiqlal depuis 2021.
Le choix du PAM marque ainsi une rupture avec la configuration de la majorité sortante. Si le communiqué annonçant l’accord entre les quatre partis invoque leur proximité politique et leur volonté de porter une vision réformatrice commune, il ne précise pas les raisons de la mise à l’écart du RNI.
Une volonté de tourner la page du gouvernement sortant
Plusieurs médias marocains voient dans cette recomposition une volonté du PAM de se démarquer du bilan de la précédente équipe gouvernementale.
Le communiqué de la nouvelle majorité fait référence à une « lecture attentive des expériences gouvernementales précédentes ». Cette formulation, sans désigner directement le RNI, peut être interprétée comme un signal de rupture avec la coalition sortante.
Des analyses publiées dans la presse locale avançaient déjà que le RNI n’était plus un partenaire indispensable pour le PAM dans la constitution d’une majorité parlementaire. “Le parti arrivé en tête des élections pouvait envisager d’autres alliances, tout en évitant d’associer le nouvel exécutif à une formation qui avait incarné le gouvernement pendant cinq ans” estiment certains observateurs.
Cette hypothèse est également liée au contexte électoral. Durant les mois précédant le scrutin, les relations entre le PAM et le RNI s’étaient tendues, les deux formations s’étant mutuellement critiquées malgré leur participation commune au gouvernement.
Dans l’analyse des tensions entre les partenaires de la majorité sortante, des médias décrivaient une confrontation autour du partage des responsabilités dans le bilan gouvernemental, à l’approche des élections.
Le retour de l’USFP et du PPS dans la majorité
La nouvelle coalition se distingue aussi par l’intégration de l’USFP et du PPS, deux formations qui siégeaient dans l’opposition durant la législature précédente.
Dans une tribune publiée le 13 octobre, la politologue Aisha Kadaoui analyse ce choix comme une tentative de renouvellement politique. Selon elle, la reconduction des mêmes partenaires sous une nouvelle direction aurait pu donner l’impression d’un changement de responsable plutôt que d’une véritable évolution des pratiques gouvernementales.
Le rapprochement avec les partis historiquement associés à la Koutla démocratique permet au PAM de présenter une majorité différente, fondée sur une proximité politique revendiquée. Cette configuration pourrait également contribuer à modifier la perception du nouvel exécutif dans un contexte de défiance envers les partis et de revendications sociales persistantes.
La politologue souligne toutefois que cette recomposition ne suffit pas, à elle seule, à résoudre la crise de représentation politique au Maroc.
Le RNI voulait pourtant rester au gouvernement
L’exclusion du RNI ne résulte pas d’un choix initial clairement annoncé par le parti. Le 3 octobre, son conseil national avait exprimé sa disponibilité à participer au prochain gouvernement et confié à sa direction la conduite des consultations. Le parti entendait notamment poursuivre les chantiers engagés durant la précédente législature.
Mais le PAM avait déjà fait apparaître des réserves internes concernant une reconduction de l’alliance. Le 3 octobre, Hespress rapportait que Hicham El Mhajri, membre du bureau politique du PAM, s’était opposé à une nouvelle participation du RNI au gouvernement, estimant que les résultats électoraux devaient être pris en compte dans le choix des partenaires.
Une opposition confrontée à ses propres contradictions
Le passage du RNI dans l’opposition ouvre une nouvelle séquence pour le parti. Après avoir dirigé le gouvernement, il devra désormais contrôler l’action de l’exécutif sans pouvoir se désolidariser entièrement des décisions prises durant les cinq dernières années.
Dans sa tribune, Aisha Kadaoui souligne cette contradiction : le RNI aura des difficultés à construire une critique radicale du bilan gouvernemental dont il porte lui-même une part importante de responsabilité.
La nouvelle configuration pourrait également modifier les rapports de force au sein de l’opposition, où le RNI retrouvera notamment le Parti de la justice et du développement (PJD). La coexistence de ces formations, aux trajectoires et aux orientations différentes, ne garantit toutefois ni leur rapprochement ni une stratégie commune.


