Égypte : Lina Attalah, rédactrice en chef de Mada Masr, encore une fois, interrogée et renvoyée devant un juge 

Lina Attalah comparaîtra le 27 octobre devant un tribunal du Caire. Elle risque une lourde amende et la fermeture de l'un des derniers médias indépendants du pays.

Maghreb Emergent
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Lina Attalah, rédactrice en chef de Mada Masr, sera jugée à partir du 27 octobre. (Crédit: Egyptian Front for Human Rights)
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Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant égyptien Mada Masr, sera jugée à partir du mardi 27 octobre. Le parquet de la sûreté de l’État l’a renvoyée à comparaître jeudi 22 octobre, quelques heures après la fin de son interrogatoire. Le renvoi vise un seul chef : avoir créé, dirigé et exploité un site sans licence du Conseil suprême de régulation des médias (SCMR). L’audience se tiendra devant le tribunal correctionnel du Nouveau Caire.

Un interrogatoire de six heures

Lina Attalah avait été convoquée le 19 octobre devant le parquet suprême de la sûreté de l’État, dans l’affaire n° 9072 de 2026. Les motifs de la convocation n’avaient pas été communiqués. Entendue le 21 octobre, elle a été interrogée pendant plus de six heures. Selon l’appel de solidarité publié par des organisations de défense des droits et des médias, on l’a questionnée sur la couverture par Mada Masr des mouvements de protestation dans les prisons, puis sur le statut juridique de la licence du site. Elle a été libérée sous caution de 100 000 livres égyptiennes.

Elle avait été poursuivie pour « exploitation d’un site sans licence » et « diffusion de fausses informations visant à troubler la paix publique ». Le second chef n’apparaît plus dans le renvoi en procès, selon Mada Masr, qui cite son avocat, Hassan al-Azhari. Ce dernier dénonce une « urgence injustifiée » : aucun élément du dossier ne justifiait, selon lui, un jugement aussi rapide.

Une licence réclamée depuis 2018

Mada Masr affirme avoir tout fait pour se conformer à la loi n° 180 de 2018 relative à la presse et aux médias. Le site a déposé une demande de licence en 2018, sans réponse. Il a recommencé en 2020, après la publication des textes d’application. Nouveau silence. Ce n’est qu’en 2022, lors d’un interrogatoire de Lina Attalah, que la rédaction a appris que le SCMR avait rejeté sa demande, sans notification en bonne et due forme. Mada Masr a alors saisi la justice pour contester ce refus. Sa dernière demande, déposée en 2023, reste sans réponse, d’après son avocat.

Sur le fond du refus, l’avocat de Mada Masr est plus nuancé que celui des signataires de l’appel. Il explique qu’en 2023, lors d’une audience, la rédaction a appris pour la première fois les motifs du SCMR, dont l’absence de plusieurs documents exigés. Mada Masr a ensuite indiqué avoir complété son dossier.

Un sixième dossier en six ans

Il s’agit de la sixième affaire visant Mada Masr et ses journalistes en six ans, comme le confirme Amnesty International. C’est, en revanche, la première fois, d’après l’appel, qu’une procédure de cette nature va jusqu’au tribunal.

Les risques sont lourds. Selon les signataires de l’appel, le chef retenu est passible d’une amende de 1 à 3 millions de livres égyptiennes, qui sera doublée en cas de récidive. Le tribunal peut aussi ordonner la fermeture du média. Il est à noter que le site de Mada Masr est bloqué en Égypte depuis 2017.

Dans le sillage de l’affaire Matsadaash

Cette procédure intervient après l’arrestation, fin septembre, de toute l’équipe de la plateforme d’investigation Matsadaash. Les journalistes ont été interpellés les 28 et 29 septembre. Ils font face à des accusations liées au terrorisme et à la diffusion de fausses informations, et leur détention a été prolongée de 15 jours le 13 octobre. Amnesty International dit avoir documenté “des témoignages de torture, de mauvais traitements et d’aveux filmés sous contrainte.” Le ministère égyptien de l’Intérieur a, de son côté, démenti ces accusations.

Quelques heures avant la convocation de Lina Attalah, Mada Masr avait rejoint sept autres médias indépendants du monde arabe pour lancer une rédaction éphémère de solidarité, afin de couvrir l’affaire Matsadaash.

Une mobilisation internationale

Une cinquantaine d’organisations et de médias, dont Amnesty International, Human Rights Watch, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), ARTICLE 19, la Fédération internationale pour les droits humains, Access Now et l’Electronic Frontier Foundation, demandent l’arrêt des poursuites contre Lina Attalah. Ils exigent aussi l’octroi d’une licence à Mada Masr, l’arrêt de toute action visant les médias indépendants en Égypte et la libération des journalistes détenus pour leur travail.

La rédaction de Maghreb Émergent exprime son soutien à Lina Attalah et à toute l’équipe de Mada Masr. 

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