Entretien – Altub au Salon Fer & Acier : entre production, importation et ambitions à l’export

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C’est au cœur du pavillon Union, lors du Salon « Fer et Acier » à la Safex, que nous avons rencontré les représentants du groupe Altub. Entre le 30 mars et ce 1er avril 2026, l’entreprise s’est imposée comme un acteur stratégique de la zone industrielle d’Oued Smar. Rencontre avec Abdeslam Chettabi, figure de proue d’un groupe qui ne cache plus ses ambitions, entre défis d’approvisionnement et projets d’exportation vers le Sahel.

Maghreb Émergent : Le groupe Altub est aujourd’hui un nom reconnu. Pourriez-vous nous retracer le parcours de cette aventure industrielle ?

Abdeslam Chettabi : Tout commence en 2002. Nos racines plongent dans le secteur de la construction. C’est sur ce socle que nous avons bâti notre expertise avant de pivoter vers la transformation métallique. Ce passage était une nécessité pour répondre à la demande croissante en infrastructures nationales. Aujourd’hui, Altub est une unité de production robuste. Nous transformons actuellement 4 000 tonnes par mois et pouvons aller jusqu’à 60 000 tonnes par an, avec la même capacité de production pour le rond à béton. Nous sommes techniquement prêts à changer d’échelle.

M.E : Justement, pour atteindre ces 120 000 tonnes, il faut de la matière première. Pourquoi importez-vous encore l’essentiel de vos intrants au lieu de vous appuyer sur le complexe d’El Hadjar ?

A.C : C’est une question de survie industrielle. Pour faire tourner une usine, la régularité est le maître mot. Malheureusement, la production locale, notamment celle d’El Hadjar, manque de constance. Si nous commandons 5 000 tonnes, le fournisseur peut ne pas livrer la totalité ou accuser des retards de calendrier. Une usine qui fonctionne un mois et s’arrête le suivant est une usine qui perd de l’argent. Pour sécuriser nos stocks et éviter l’arrêt des machines, l’importation reste une nécessité absolue, bien que nous préférerions consommer local.

M.E : Le méga-projet minier de Gara Djebilet est sur toutes les lèvres. Qu’en attendez-vous concrètement pour votre stratégie de croissance ?

A.C : Nous suivons ce dossier avec une attention particulière. Gara Djebilet est la clé de notre souveraineté industrielle. Nous attendons avec impatience la mise en service effective et le traitement du minerai pour les transformateurs que nous sommes. Disposer d’une matière première locale, stable et en volumes garantis, nous permettra de réduire notre dépendance aux fluctuations des marchés mondiaux et de baisser nos coûts de production. C’est le levier qui nous permettra de libérer notre pleine capacité de 120 000 tonnes.

M.E : Votre production est actuellement absorbée par le marché national. Pourtant, vous regardez avec insistance vers le Sud. Quelles sont vos ambitions africaines ?

A.C : Le marché local reste notre base, mais l’Afrique est notre horizon. Le potentiel est immense. Nous avons déjà identifié des marques d’intérêt sérieuses en Mauritanie, en Libye et au Sénégal. Nos produits sont compétitifs et répondent à une demande réelle sur le continent. Mais l’exportation ne s’improvise pas, elle demande une logistique que nous sommes en train de consolider.

M.E : Quels sont précisément les obstacles logistiques qui freinent vos exportations vers la Mauritanie ou la Libye ?

A.C : Il y a deux défis majeurs. D’abord, l’infrastructure. L’exportation vers ces régions nécessite des investissements massifs dans des processus logistiques qui ne sont pas encore totalement matures. Ensuite, il y a la question de la continuité. Il est difficile de signer des contrats d’exportation à long terme avec des partenaires africains si notre propre chaîne d’approvisionnement locale est instable. Dépendre de flux d’importation complexes pour ensuite réexporter vers l’Afrique alourdit la structure des coûts.

M.E : En conclusion, comment voyez-vous l’avenir d’Altub dans les cinq prochaines années ?

A.C : Notre objectif est de devenir un leader régional. Cela passe par l’innovation et la formation de nos cadres sur de nouveaux produits dérivés de la transformation métallique. Nous préparons activement le terrain pour que, dès que le minerai national sera disponible, Altub puisse passer à une expansion massive. Nous voulons porter haut les couleurs de l’industrie algérienne sur tout le continent africain.

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