L’Algérie est le deuxième exportateur mondial de gaz de pétrole liquéfié (GPL) derrière les États-Unis. Depuis le début du conflit en Iran et la désorganisation des routes maritimes du Golfe, Sonatrach enregistre des résultats records sur ce segment et accélère son implantation sur les marchés asiatiques.
En mai 2026, le groupe a abaissé ses prix à l’exportation : le propane est passé à 700 dollars la tonne, le butane à 880 dollars, soit une réduction allant jusqu’à 18 % par rapport aux niveaux antérieurs. Un signal adressé aux acheteurs indiens et chinois, privés de leurs fournisseurs habituels du Golfe.
Les exportations mondiales de GPL par voie maritime atteignent en moyenne 4,8 millions de barils par jour en mai 2026, selon la plateforme Attaqa, soit 600 000 barils de moins qu’en février, avant que les hostilités ne perturbent les routes du Golfe. C’est dans cet écart que l’Algérie a trouvé de l’espace.
Ormuz fermé, New Delhi sans fournisseur
Le choc a été brutal pour les exportateurs régionaux. Le Qatar a vu 17 % de sa capacité GNL détruite pour une durée estimée entre trois et cinq ans, selon Reuters. Le détroit d’Ormuz, voie de passage incontournable pour les hydrocarbures de la région, a subi des perturbations majeures. L’Inde, structurellement dépendante des approvisionnements du Golfe, s’est retrouvée en situation de pénurie partielle et contrainte de diversifier ses sources d’approvisionnement en urgence.
Sonatrach a exporté 6,1 millions de tonnes de GPL en 2024, un niveau record, générant 444 milliards de dinars de revenus à l’exportation sur ce seul segment. Le groupe avait anticipé ce pivot dès 2022, en orientant une partie de ses cargaisons vers l’Asie, profitant de frets compétitifs depuis la Méditerranée. En mars 2026, il a signé un contrat régulier d’approvisionnement en GPL avec un client chinois, une première qui ancre l’Algérie dans les flux asiatiques sur le long terme.
GPL en hausse, GNL en repli
Sur le segment GNL, le tableau est moins favorable. L’Algérie a enregistré un recul de 8,5 % de ses exportations au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025, glissant à la dixième place mondiale, dépassée notamment par la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Elle conserve sa deuxième place en Afrique, derrière le Nigeria, qui a progressé de 45,4 % sur la même période.
Deux dynamiques contraires coexistent chez Sonatrach : une montée en puissance sur le GPL, une érosion relative sur le GNL. Ce déséquilibre interroge la capacité du groupe à transformer la conjoncture favorable en avantage structurel.
Six mois, peut-être un an
L’Algérie est le sixième producteur mondial de GPL, avec une production de 9,7 millions de tonnes équivalent pétrole. Les infrastructures d’Arzew sont opérationnelles et la proximité de l’Europe, combinée à des coûts de fret méditerranéens compétitifs, donne au pays une prime de position géographique que ses concurrents du Golfe ne peuvent pas répliquer depuis leurs terminaux.
Selon S&P Global, un retour à la normale sur les marchés gaziers du Golfe prendrait entre six mois et un an après une cessation des hostilités. Sonatrach a signé avec la Chine. Il reste à savoir si d’autres contrats de long terme suivront avant que la fenêtre ne se referme.


