Hormuz à nouveau bloqué : les frappes israéliennes au Liban font dérailler la trêve

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Le quartier de Corniche al-Mazraa, à Beyrouth, le 8 avril 2026, bombardé par Israël. ©AFP

Le soulagement avait duré quelques heures. Le Brent avait dévissé de 13% en séance mercredi, retombant à 94,75 dollars, et les places boursières asiatiques avaient repris des couleurs, portées par l’espoir d’un passage enfin rouvert dans le Golfe. Puis Tel-Aviv a repris ses bombardements sur Beyrouth, et tout s’est retourné.

L’accord de cessez-le-feu de deux semaines entre Téhéran et Washington prévoyait explicitement que l’Iran autoriserait la reprise de la navigation à travers le détroit d’Hormuz. C’était le prix de la trêve, son principal enjeu économique tangible. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait évoqué ce qu’il qualifiait de « violations du cessez-le-feu » par Israël lors d’un entretien avec le chef de l’armée pakistanaise Asim Munir, avant que Téhéran ne passe aux actes.

La plus grande frappe depuis le 28 février

L’armée israélienne a annoncé avoir mené sa « plus grande frappe coordonnée » contre le Hezbollah depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février. En l’espace de dix minutes et simultanément dans plusieurs zones, les forces israéliennes ont attaqué une centaine de postes de commandement et d’infrastructures militaires du mouvement islamiste libanais à travers le Liban. Les frappes ont touché des immeubles résidentiels à Beyrouth sans avertissement préalable.

Les frappes israéliennes sur le Liban depuis le 2 mars ont fait plus de 1 500 morts et plus d’un million de déplacés. Plus de 1 900 personnes ont été tuées en Iran depuis le début de la guerre, mais le gouvernement n’a pas actualisé le bilan depuis plusieurs jours. Le bilan de la seule journée du 8 avril au Liban oscillait entre 112 et 254 morts selon les décomptes successifs des autorités sanitaires libanaises.

«La balle est dans le camp des États-Unis»

Abbas Araghchi a publié sur X un message cinglant : « Le monde est témoin des massacres au Liban. La balle est dans le camp des États-Unis, et le monde observe s’ils respecteront leurs engagements. » La réponse ne s’est pas fait attendre du côté de Trump et Netanyahu.

Netanyahu a déclaré que la trêve ne marquait « pas la fin de la campagne contre l’Iran », et qu’Israël était « prêt à reprendre le combat à tout moment ». « Nous avons encore des objectifs à atteindre et nous y arriverons soit par un accord, soit en reprenant les combats », a-t-il ajouté dans une allocution télévisée.

Trump a tranché sans ambiguïté. Interrogé pour savoir s’il était d’accord qu’Israël poursuive ses frappes sur le Liban, il a répondu que cela « fait partie de l’accord. C’est un accrochage séparé. »

Le Pakistan contredit Washington et Tel-Aviv

Sharif avait pourtant affirmé que les États-Unis, l’Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu « partout, y compris au Liban », et des représentants des deux parties devaient se retrouver samedi à Islamabad pour négocier un règlement. Une interprétation aussitôt contredite par le bureau de Netanyahu, laissant les autorités libanaises dans un vide diplomatique complet. Un responsable libanais a déclaré à l’AFP que les autorités « n’ont pas été informées » de l’inclusion du Liban.

Hormuz refermé, marchés déstabilisés

L’Iran a fermé le détroit d’Hormuz, interrompant de facto le trafic dans l’un des passages énergétiques les plus stratégiques au monde, quelques heures seulement après le cessez-le-feu fragile avec les États-Unis. Cette décision menace les flux transitant par cette route, par laquelle passent environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié.

La situation dans le Golfe reste celle d’un embouteillage massif. Des centaines de navires attendent de pouvoir sortir, et le pipeline Est-Ouest saoudien, que le royaume utilisait pour réacheminer ses exportations vers la mer Rouge, a lui aussi été frappé par un drone mercredi.

Le détroit mesure 34 km à son point le plus étroit. Ses deux voies de navigation à sens unique permettent le transit d’environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 20 % du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime, principalement en provenance de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Irak et du Qatar.

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