Selon les réponses de la Commission des finances, figurant dans le rapport préliminaire du projet de loi de règlement budgétaire 2023, la nouvelle orientation du ministère du Commerce extérieur pose une question centrale : comment réduire drastiquement la facture des importations, sans provoquer une nouvelle pénurie sur le marché national ? Les chiffres révélés devant les députés dessinent une équation économique délicate pour l’Algérie.
« Rationaliser les dépenses » : cap sur 800 millions de dollars
Répondant à une question écrite du député Kessal Ali en septembre dernier, le ministre a détaillé l’ampleur des importations de pièces détachées. Selon ses données, « l’Algérie a importé pour 1,611 milliard de dollars en 2025 », un niveau en nette hausse par rapport aux années précédentes. Dans le détail, « 806 millions de dollars ont été importés au premier semestre par 1 129 entreprises », puis « 806 millions supplémentaires au second semestre via 1 240 opérateurs ».
Au total, « 2 369 opérateurs ont bénéficié de certificats de domiciliation bancaire », signe d’un marché très fragmenté mais extrêmement actif. Cette dynamique tranche avec les chiffres antérieurs : « 657 millions de dollars en 2022 », « 1,587 milliard en 2023 » et « 1,2 milliard en 2024 ».
Malgré cette progression, le ministre insiste sur la nécessité de « rationaliser et maîtriser » la facture annuelle, qu’il souhaite ramener à « environ 800 millions de dollars ». L’objectif est clair : alléger la pression sur la balance des paiements et encourager l’intégration locale. Mais cette cible équivaut pratiquement à une division par deux du niveau actuel, ce qui interroge déjà les professionnels.
Pénuries signalées malgré les importations : le rappel de la lettre parlementaire
La question posée par le député ne sort pas de nulle part. Elle fait écho à une correspondance adressée fin 2025 au ministère pour dénoncer « l’absence de pièces détachées sur le marché » malgré un volume d’importation record. Autrement dit, même avec plus de 1,6 milliard de dollars injectés, l’offre n’a pas suffi à couvrir la demande.
Ce décalage révèle plusieurs failles structurelles : distribution inégale, spéculation, dépendance aux importations ou encore lenteurs logistiques. La réduction annoncée risque donc d’amplifier les tensions si la production locale ne prend pas rapidement le relais.
Parallèlement, les autorités tentent d’encadrer certains circuits parallèles. Les données officielles mentionnent « 7 081 demandes d’importation » liées au commerce dit « Kaba », avec un plafond fixé à « 1 800 000 dinars par transaction » et « deux opérations mensuelles ». L’objectif affiché est d’intégrer ces flux dans un cadre réglementé.
















