Comment l’Algérie s’est prise au piège de la bienveillance pour Donald Trump

Comment l’Algérie s’est prise au piège de la bienveillance pour Donald Trump

Cette chronique a interpellé plus d’une fois sur la trajectoire de l’Algérie officielle caressant l’administration Trump dans le sens du poil, depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025.

Avec l’absence de condamnation franche et explicite par Alger de  l’agression combinée Américano-Israélienne sur l’Iran, cette option de la bienveillance à l’égard du milliardaire supremaciste blanc qui dirige les États-Unis est entrée dans une préoccupante impasse diplomatique  et opérationnelle.

L’Algérie a déploré l’enlèvement de son ami Nicolas Maduro sans condamner l’acte du président Trump, mutilant horriblement le droit international. Elle ne s’est pas opposée à la résolution du conseil de sécurité  des Nations Unis du 31 octobre dernier, qui faisait la promotion du plan marocain d’autonomie avancée du Sahara Occidental au devant de la solution du référendum d’autodétermination défendue depuis près d’un demi siècle. De même elle ne s’est pas abstenue de voter en faveur d’un plan de règlement de la guerre génocidaire sur Gaza reconnue aujourd’hui comme largement favorable à l’occupant Israélien.

Bien sur le département de Ahmed Attaf a tenté d’apporter à chaque fois des explications ponctuelles à chacun de ces jalons dans le sillage de ce qui est mondialement admis comme l’agenda de Donald Trump : nécessité de stopper le martyr des Gazaouis avec le cessez-le-feu, maintien de la Minurso et de la référence à  l’autodétermination du peuple Sahraoui. Le solde final est bel et bien un  renoncement, en une année, à une grande partie de ce qui a construit l’identité politique  de l’Algérie aux yeux du monde. Il mérite débat.

Le prétendu isolement explication insuffisante

Plusieurs explications peuvent cohabiter pour expliquer l’inflexion spectaculaire de la position de l’Algérie officielle. La géopolitique  historique auquel elle appartenait s’est considérablement  affaibli en un demi siècle – chute de l’URSS, printemps arabe, hégémonie régionale d’Israel, dilution du tiers monde politique dans le « Global South » économique -. L’Iran apparaît de ce point de vue comme l’un des derniers pays qui n’a pas opéré à une mise a jour stratégique intégrant cette dégradation du rapport de force.

Mais cette explication, par un supposé isolement politique, est insuffisante. Les gouvernements de gauche d’Amérique latine critiquent et combattent la prétention de l’administration Trump à les vassaliser avec notamment  l‘agenda  Venezuela- Cuba-Canal de Panama. L’Afrique du Sud, l’allié diplomatique le plus proche de l’Algérie, a condamné fermement l’attaque contre l’Iran.

L’Algérie conserve encore largement les marges de manœuvre d’une diplomatie plus en ligne avec ses valeurs anti-coloniales et anti-impérialistes.

Et si nous ne sommes plus dans le contexte de 1977 avec le front arabe du refus à la normalisation de l’Egypte de Sadate avec Israël , les relais diplomatiques  sont nombreux dans le monde- et même en Europe menacée par les prétentions sur le Groenland-  pour soutenir une condamnation claire de l’agression américano-israélienne en conformité  avec la tradition diplomatique de l’Algérie et ses valeurs politiques.

Donald Trump n’est pas Giorgia Meloni

L’Algérie conserve encore largement les marges de manœuvre d’une diplomatie plus en ligne avec ses valeurs anti-coloniales et anti-impérialistes. Comment expliquer alors l’égarement en cours vis-à-vis de l’administration américaine la plus agressive et la plus hostile à ce qu’incarne l’Algérie depuis le 1er novembre 1954 ?

Le président Tebboune se veut le promoteur  d’une approche non idéologique des relations internationales. C’est le reflet extérieur de sa doctrine a-politicienne interne. « Mon seul ennemi est le sous-développement » a-t-il affirmé en février 2023. Il s’agit d’une approche technocratique qui privilégie le pragmatisme aux idéologies.

Elle a obtenu un résultat plutôt probant dans le cas de la relation avec l’Italie de Giorgia  Meloni, dont le parti FDI apparenté extrême droite, revendique l’héritage du MSI de Mussolini  tout en affirmant dépasser le fascisme. La densité des relations économiques entre les deux pays ont justifié la mise sous le boisseau du  fond raciste et xénophobe de l’électorat italien de Meloni et de son idéologie.

La même démarche n’est bien sur pas transposable dans le cas d’un scénario similaire en France et l’arrivée pressentie  du RN à l’Elysée – Bardella ou, pire encore, Le Pen. Il ne s’agit plus de clivage idéologique, mais de contentieux historique déjà actif avant même l’échéance de la présidentielle française au printemps 2027. L’approche idéologique des relations internationales – seuls ceux qui partagent nos valeurs et nos idées sont nos partenaires- est tout aussi préjudiciable que son opposé, une démarche pragmatique expurgée de sens politique – tout le monde peut être notre ami si nous partageons des intérêts économiques communs.

Ce sont les limites de cette approche qui sont mises à  nu aujourd’hui avec l’impasse diplomatique qui voit l’Algérie aphone devant Donald Trump lancé dans une charge mortelle contre le  droit international de l’après 2e guerre mondiale. Celui qui a donné la base juridique de l’indépendance de l’Algérie.

L’INESG a-t-il prévenu ce risque ?

L’Algérie officielle s’est trompée sur la trajectoire internationale de la deuxième administration Trump, pourtant largement esquissée dans la campagne MAGA de 2024. Mettons de coté sa représentation idéologique du monde, sa xénophobie, sa politique migratoire humiliante et son aversion pour les peuples « barbares ».

L’Algérie a besoin d’un prix rémunérateur du pétrole et du gaz, Trump veut en faire baisser les prix. l’Algérie a besoin de protéger ses parts de marche du gaz naturel en Europe, Trump partisan du forage a outrance,  est son premier concurrent avec le gaz de schiste. L’Algérie a besoin de placer ses exportations hors hydrocarbures montantes , Trump enferme le commerce mondial dans un hyper-protectionnisme récessif. L’Algérie défend les droits existentiels des Palestiniens et des Sahraouis à l’autodétermination ; Trump soutient activement les puissances occupantes et, dans le cas du Maroc et les accords d’Abraham, menace l’équilibre de sécurité dans le Maghreb.

« Quel est donc cet intérêt économique suprême qui justifie d’avoir traiter avec autant de bienveillance une administration américaine et un président plus dangereux que le pire Richard Nixon de la pire période de bombardements du Vietnam ?« 

L’Algérie a des intérêts partagés avec le Venezuela, et l’Iran sur au moins la politique de prix de l’OPEP, et historiquement  avec Cuba ; Trump  interdit les relations commerciales avec ces pays, en attendant d’autres. Est-ce que l’INESG qui « réfléchit » beaucoup aux questions de sécurité , a-t-il déposé un mémorandum à El Mouradia pour prévenir du risque du retour de Trump a la Maison Blanche, risque évident pour les intérêts de l’Algérie ?

Quel est donc cet intérêt économique suprême qui justifie d’avoir traiter avec autant de bienveillance une administration américaine et un président plus dangereux que le pire Richard Nixon de la pire période de bombardements du Vietnam ? La «nécessité » d’exploiter les gisements de gaz de schiste pour endiguer, les prochaines années, le déclin de ceux du gaz conventionnel. Le régime de Houari Boumediene a rompu les relations diplomatiques avec les USA après la guerre de juin 1967, puis a traité économiquement avec les Républicains à Washington. Il était pragmatique et idéologique à la fois.

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