Guerre en Ukraine : comment des jeunes maghrébins sont recrutés dans l’armée russe

Mecipsa Amokrane
6 min de lecture
Des ressortissants algériens, marocains et tunisiens se retrouvent engagés dans les rangs de l’armée russe en Ukraine (DR)
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Des ressortissants algériens, marocains et tunisiens se retrouvent engagés dans les rangs de l’armée russe en Ukraine. Certains sont morts au combat, d’autres ont été faits prisonniers ou sont portés disparus. Une enquête publiée le 22 octobre 2026 par le média indépendant Daraj met en lumière les mécanismes de recrutement de ces jeunes Maghrébins, ainsi que les difficultés rencontrées par leurs familles pour connaître leur sort.

Intitulée « Jeunes Maghrébins, chair à canon de la guerre russe… et leurs autorités ignorent leur sort », l’enquête réalisée par la journaliste tunisienne Hanan Zbiss documente plusieurs parcours de jeunes originaires des trois pays du Maghreb, partis en Russie dans l’espoir de poursuivre leurs études ou de trouver un emploi, avant de se retrouver dans les rangs de l’armée russe.

Le travail d’investigation décrit notamment des recrutements reposant sur des promesses de rémunérations élevées, des perspectives de régularisation administrative ou encore l’obtention de la nationalité russe. Les réseaux sociaux et les intermédiaires sont également cités parmi les canaux utilisés pour approcher les candidats.

56 Algériens recensés dans un rapport sur les combattants africains

La dimension algérienne de cette affaire apparaît notamment dans le parcours de Larib Boualem, un ressortissant algérien né en 2000. Parti en Russie en 2023 pour poursuivre des études supérieures en agriculture à Saint-Pétersbourg, il a finalement signé un contrat avec l’armée russe avant d’être capturé par les forces ukrainiennes. Selon Daraj, il est actuellement détenu en Ukraine.

L’enquête cite également le rapport « Commerce du désespoir : le recrutement de combattants africains par l’armée russe », publié en février 2026 par le collectif d’investigation INPACT. Ce document recense 1 417 combattants africains de 35 nationalités dans les rangs de l’armée russe, parmi lesquels 56 Algériens, 28 Marocains et sept Tunisiens.

Daraj rapporte, par ailleurs, avoir obtenu auprès de la partie ukrainienne une liste de 21 ressortissants maghrébins tués au cours de la guerre, dont 14 Algériens, quatre Marocains et deux Tunisiens. Ces personnes auraient été recrutées entre 2024 et 2025.

Ces chiffres proviennent de sources distinctes et ne constituent pas un décompte exhaustif de l’ensemble des ressortissants maghrébins engagés dans le conflit.

Des familles sans nouvelles de leurs proches

Au-delà des recrutements, l’enquête met en évidence les difficultés auxquelles sont confrontées les familles pour obtenir des informations sur leurs proches. Plusieurs témoignages font état de longues périodes sans nouvelles, de démarches auprès des autorités et de contacts infructueux avec les représentations diplomatiques.

En Tunisie, des familles de ressortissants portés disparus ont notamment organisé un rassemblement devant le ministère des Affaires étrangères, puis devant l’ambassade de Russie à Tunis, le 6 juillet 2026, afin de réclamer des informations sur le sort de leurs proches.

Au Maroc, l’épouse d’un jeune homme de 24 ans, parti en Russie après avoir été approché par une connaissance lui promettant un contrat avantageux, raconte à Daraj avoir perdu tout contact avec lui. Elle dit également éprouver des difficultés à retrouver d’autres familles marocaines confrontées à la même situation.

La situation des familles est d’autant plus compliquée que certaines sont confrontées à des tentatives d’escroquerie. L’enquête rapporte notamment le témoignage de la sœur d’un ressortissant tunisien disparu, sollicitée par un individu qui prétendait savoir où se trouvait son frère et lui demandait de l’argent.

Des autorités sollicitées, peu de réponses

Sur le volet institutionnel, Daraj indique avoir sollicité les ministères des Affaires étrangères tunisien et marocain ainsi que les autorités algériennes.

Selon la journaliste, les autorités tunisiennes et marocaines n’avaient pas répondu à ses sollicitations au moment de la publication. Du côté algérien, un haut responsable aurait indiqué que le dossier faisait l’objet d’un suivi, sans fournir davantage de précisions.

L’enquête s’appuie également sur des rapports d’organisations de défense des droits humains, notamment celui publié en avril 2026 par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Truth Hounds et le Bureau international du Kazakhstan pour les droits humains et l’État de droit. Ce document estime qu’au moins 27 000 ressortissants de plus de 130 pays ont été recrutés par la Russie depuis 2022.

En septembre 2026, Amnesty International avait également publié un rapport consacré au recrutement d’étrangers pour combattre en Ukraine, décrivant des pratiques fondées notamment sur de fausses promesses d’emploi et des pressions exercées sur des personnes en situation de vulnérabilité.

Pour les familles concernées, la question demeure désormais celle de l’identification des disparus, de la confirmation des décès et de l’accès à des informations fiables sur le sort de leurs proches.

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