L’Afrique entre en Chine sans taxes dès vendredi : voici ce que ça change pour les exportateurs algériens

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Un porte-conteneurs à quai. À partir du 1er mai 2026, les produits africains entrent sur le marché chinois sans droits de douane. ©Istockphoto

À partir de vendredi 1er mai, aucun droit de douane ne sera prélevé sur les exportations de 53 pays africains vers la Chine. Le traitement préférentiel à taux zéro s’appliquera jusqu’au 30 avril 2028 aux vingt pays africains à revenu intermédiaire qui n’étaient pas encore couverts par le dispositif réservé aux pays les moins avancés. La Chine devient ainsi, selon son propre ministère du Commerce, la première grande économie à offrir un traitement unilatéral et à couverture totale à la quasi-totalité du continent. Seul l’Eswatini, qui reconnaît Taïwan, reste exclu.

Un déficit commercial qui embarrasse Pékin

La générosité affichée n’est pas exempte d’arrière-pensées. Les échanges sino-africains ont atteint 348 milliards de dollars en 2025, en hausse de 17,7 % sur un an. Mais les exportations chinoises vers l’Afrique ont bondi de 25,8 %, à 225 milliards, quand les importations en provenance du continent n’ont progressé que de 5,4 %, à 123 milliards. Un excédent de plus de cent milliards de dollars qui alimente depuis plusieurs années les critiques africaines sur la nature réelle du partenariat.

L’annonce, formulée par Xi Jinping le 14 février lors du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, s’inscrit dans un calendrier géopolitique précis. Présentée deux semaines après la mise en place des premiers tarifs punitifs américains contre une grande partie du monde, elle positionne Pékin en alternative au protectionnisme de Washington. Du Xiaohui, directeur général du département des affaires africaines au ministère chinois des Affaires étrangères, a reconnu que la mesure vise aussi à réduire ce déficit commercial, tout en soulignant qu’elle constitue également une politique d’investissement destinée à attirer les entreprises chinoises vers le continent.

Ce que gagnent réellement les exportateurs algériens

Pour l’Algérie, pays à revenu intermédiaire jusqu’ici non couvert par le dispositif réservé aux pays les moins avancés (PMA), l’entrée en vigueur de vendredi ouvre formellement le marché chinois à ses produits hors hydrocarbures. Les importations chinoises en provenance d’Algérie avaient déjà progressé de 57,1 % sur les onze premiers mois de 2025, à 1,19 milliard de dollars. De nouvelles perspectives s’esquissent pour les produits agricoles, avec une première exportation de caoutchouc naturel vers la Chine en décembre 2025 par le groupe IMGSA, et des opérations similaires prévues pour le liège.

En mars, une convention a été signée pour l’exportation de l’huile d’olive algérienne vers le marché chinois en marge du salon Alimentaria de Barcelone. La semaine dernière, 20 tonnes de laine traitée quittaient Blida à destination de la Chine dans le cadre d’une opération coordonnée par le ministère du Commerce extérieur.

Les obstacles que le tarif seul ne peut résoudre

Reste que l’enthousiasme officiel se heurte aux réserves des économistes. Avant même l’annonce de février, environ 70 % des exportations africaines vers la Chine entraient déjà en franchise de droits, et 22 % supplémentaires ne faisaient face qu’à des tarifs inférieurs à 5 %. Les droits de douane n’ont donc pas été le principal facteur limitant les performances commerciales africaines.

Les exportateurs se heurtent à des obstacles non tarifaires persistants : normes sanitaires et certifications exigeantes que les PME africaines peinent à absorber, coûts logistiques prohibitifs, et faible valeur ajoutée d’exportations encore largement cantonnées aux matières premières.

La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) estimait en novembre 2025 que le continent ne pourra tirer pleinement parti de ce démantèlement tarifaire qu’en engageant des réformes structurelles profondes dans les chaînes de valeur régionales, les corridors logistiques et l’alignement de ses exportations sur les préférences des consommateurs chinois.

Une politique d’ouverture sous surveillance de l’OMC

La démarche se distingue du régime européen «Tout sauf les armes», qui réserve l’accès en franchise de droits aux seuls pays les moins avancés. En couvrant tous les pays africains indépendamment de leur niveau de revenu, Pékin propose une offre commerciale formellement plus large que celle de ses principaux concurrents occidentaux.

Rappelons que la durée d’application est fixée à deux ans seulement. Unilatéralement accordé, le dispositif peut être unilatéralement retiré. Pékin a annoncé vouloir le compléter par des accords de partenariat économique formels et l’extension des «voies vertes» douanières. Ces négociations n’ont, pour la plupart, pas encore abouti.

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