Avec 38,5 % des importations en 2025, Alger conforte sa place de premier fournisseur de gaz naturel de Madrid, tandis que les livraisons américaines ont doublé en un an et que la Russie poursuit son reflux.
Trois ans après avoir cédé sa couronne aux États-Unis en pleine tourmente énergétique européenne, l’Algérie s’impose de nouveau comme le premier fournisseur de gaz de l’Espagne. En 2025, elle a acheminé 128 504 GWh vers la péninsule ibérique, soit plus du tiers des importations espagnoles.
L’essentiel de ces volumes, à savoir 107 179 GWh, a transité par le gazoduc Medgaz, cette infrastructure sous-marine de 210 kilomètres reliant Beni Saf à Almería. Le reste, 21 325 GWh, est arrivé sous forme liquéfiée dans les terminaux méthaniers espagnols. Au total, un léger recul de 2 % par rapport à 2024, qui n’entame en rien la prééminence algérienne.
Washington double la mise
La véritable percée de l’année vient toutefois de l’autre rive de l’Atlantique. Les exportateurs américains ont pratiquement doublé leurs livraisons vers l’Espagne, avec une progression spectaculaire de 98 %. Les 111 660 GWh expédiés représentent désormais 30 % du gaz importé par Madrid; un niveau qui frôle le record historique de 2022, lorsque l’Europe s’arrachait le GNL américain pour compenser l’effondrement des flux russes.
Cette montée en puissance traduit la stratégie des majors américaines, qui ont massivement investi dans leurs capacités de liquéfaction sur le golfe du Mexique. L’Espagne, dotée de six terminaux méthaniers parmi les plus importants d’Europe, constitue une porte d’entrée naturelle pour ce gaz de schiste converti en GNL.
Le reflux russe s’accélère
À l’inverse, les importations en provenance de Russie poursuivent leur déclin. Avec 42 629 GWh en 2025, soit une chute de 41 % sur un an, le gaz russe ne pèse plus que 11,4 % des entrées espagnoles. L’essentiel provient encore des contrats long terme adossés au consortium Yamal LNG, piloté par Novatek et ouvert à des investisseurs occidentaux.
Le gaz naturel échappe pour l’heure aux sanctions européennes, mais Bruxelles a décidé de fermer cette brèche. La Commission a proposé l’été dernier d’interdire toute importation de gaz russe avant le 1er janvier 2028, un calendrier depuis avancé à 2027. Une échéance qui obligera Madrid à consolider encore ses alternatives algériennes et américaines.
Une demande dopée par l’électricité
Côté consommation, l’Espagne a vu sa demande de gaz progresser de 6,3 % l’an dernier, à 331 464 GWh. Cette hausse tient essentiellement au secteur électrique : la production d’électricité à partir de gaz a bondi de 33,4 %, atteignant près de 100 000 GWh. Un paradoxe apparent pour un pays champion des renouvelables, qui s’explique par l’intermittence éolienne et solaire et la nécessité de recourir aux centrales à cycle combiné lors des pics de demande.
La demande dite conventionnelle -industrie, chauffage, usages domestiques -a en revanche fléchi de 2,2 %, signe que les efforts d’efficacité énergétique portent leurs fruits dans ces segments.
Enfin, l’Espagne aborde 2026 avec des réserves moins garnies qu’un an plus tôt. Les stockages souterrains affichaient un taux de remplissage de 68 % au 31 décembre, contre 83 % fin 2024. Un écart de quinze points qui témoigne d’une année de forte sollicitation et qui pourrait peser sur les arbitrages d’approvisionnement dans les mois à venir.
















