Le baril a bondi de 20 % en une séance sur fond de fermeture du détroit d’Ormuz. L’Algérie, épargnée par le chaos du Golfe, encaisse. Jusqu’au retournement.
À l’ouverture des marchés européens ce lundi 9 mars, le baril de Brent a franchi la barre des 110 dollars sur le marché ICE de Londres, enregistrant en une seule séance une progression de près de 20 %. Des niveaux inédits depuis plusieurs années, portés non par un déséquilibre fondamental de l’offre, mais par la réactivation brutale de la prime de risque géopolitique autour du détroit d’Ormuz.
Pour l’Algérie, ce bond inattendu constitue un retournement de situation spectaculaire. Il y a encore quelques semaines, le Brent frôlait péniblement les 60 dollars, mettant sous tension une loi de finances 2026 bâtie sur un prix de référence identique. Aujourd’hui, ce même budget dispose d’une marge de sécurité considérable, à condition que les volumes d’exportation de Sonatrach restent stables.
L’Algérie hors du goulot d’Ormuz
L’avantage algérien est d’abord géographique. Contrairement aux producteurs du Golfe Persique, l’Algérie achemine ses hydrocarbures vers l’Europe par voie méditerranéenne, via les gazoducs Transmed et Medgaz et les terminaux d’Arzew et de Skikda. Aucune perturbation dans le détroit d’Ormuz ne menace directement ces routes. La crise actuelle transforme mécaniquement Sonatrach en fournisseur alternatif crédible pour des clients européens en quête urgente de volumes de substitution.
L’analyse comparative avec 2022 mérite cependant d’être nuancée. Le monde consomme aujourd’hui l’énergie avec une intensité carbone structurellement plus faible qu’il y a quatre ans. L’efficacité énergétique et la montée en puissance des renouvelables limitent l’amplitude des chocs de prix. La manne pourrait s’avérer moins abondante que les cours affichés ce matin ne le laissent espérer.
Des capacités d’exportation sous contrainte
Il faut aussi tenir compte des capacités réelles de Sonatrach. Les exportations de GNL se sont établies à 9,54 millions de tonnes en 2025, en net recul par rapport aux 13,45 millions de 2023, en raison des opérations de maintenance sur les sites de Skikda et Arzew. La compagnie nationale ne pourra pas multiplier ses volumes du jour au lendemain pour tirer pleinement parti de cette fenêtre de rentabilité exceptionnelle. Elle a certes signé dix-sept contrats en un an et engagé un programme d’investissement de 60 milliards de dollars sur la période 2025-2029, mais les effets sur les volumes exportables restent à venir.
La principale mise en garde tient à la nature même du mouvement en cours. La hausse actuelle repose sur des anticipations spéculatives, pas sur une pénurie physique avérée. Une désescalade diplomatique, ou simplement une stabilisation de la situation dans le Golfe, suffirait à provoquer un retournement aussi brutal que la montée.
L’histoire pétrolière du pays recèle suffisamment d’épisodes de ce type pour que les décideurs de Sonatrach et du ministère des Finances sachent résister à l’euphorie conjoncturelle. La prudence stratégique imposée par ce type de choc est connue de longue date. Sécuriser des recettes à terme, reconstituer les réserves de change et ne pas laisser la volatilité des prix se propager dans les dépenses publiques.
















